Loi cannabis en France : 0,3 % de THC et 6 autres chiffres
Non, le cannabis n'est pas légal en France. Son usage reste un délit puni d'un an de prison et de 3 750 € d'amende, sanctionné le plus souvent, depuis le 20 août 2026, par une amende forfaitaire de 500 €. Le chanvre n'est autorisé qu'à une condition chiffrée : 0,3 % de Δ⁹-THC au plus, dans la plante, dans ses extraits et dans les produits qui les contiennent. Ce seuil sépare deux régimes juridiques et n'a rien d'une tolérance.

À retenir
- L'arrêté du 30 décembre 2021 fixe à 0,3 % de Δ⁹-THC la limite du chanvre autorisé.
- Depuis le 20 août 2026, l'amende forfaitaire pour usage de cannabis est de 500 €. Elle était de 200 € auparavant.
- Conduire après avoir consommé du cannabis expose à 3 ans de prison et 9 000 € d'amende, quelle que soit la dose.
- Un CBD vendu légalement n'offre aucune protection au volant, comme l'a jugé la Cour de cassation en juin 2023.
- En 2023, la résine saisie contenait en moyenne 29 % de THC, soit près de 100 fois le seuil du chanvre.
La loi française sur le cannabis en 7 chiffres
Les idées reçues sur le cannabis en France reposent souvent sur un chiffre mal compris. Voici les sept qui comptent, chacun avec son texte ou sa source.
| Chiffre | Ce qu'il désigne | Texte ou source |
|---|---|---|
| 0,3 % | Teneur maximale en Δ⁹-THC du chanvre, de ses extraits et des produits qui les intègrent | Arrêté du 30 décembre 2021 |
| 500 € | Amende forfaitaire pour usage de stupéfiants (400 € minorée, 1 000 € majorée) | Art. L3421-1 du Code de la santé publique, depuis le 20 août 2026 |
| 1 an et 3 750 € | Peine maximale encourue pour usage, si l'affaire va devant le tribunal | Art. L3421-1 du Code de la santé publique |
| 10 ans et 7 500 000 € | Peine encourue pour transport, détention, offre ou cession | Art. 222-37 du Code pénal |
| 3 ans et 9 000 € | Conduite après usage de stupéfiants, quelle que soit la dose | Art. L235-1 du Code de la route |
| 29 % | Teneur moyenne en THC de la résine saisie en 2023 (12 % en 2011) | OFDT, chiffres clés 2025 |
| 10,8 % | Part des 18-64 ans ayant consommé du cannabis dans l'année (2023) | OFDT, chiffres clés 2025 |
Cannabis et chanvre : deux régimes, un seul critère
Le droit distingue le chanvre du cannabis par leur teneur. Cannabis sativa L. est un stupéfiant, à l'exception des variétés autorisées dont la teneur en Δ⁹-THC, le principal composé psychotrope, ne dépasse pas 0,3 %. L'arrêté du 30 décembre 2021 fixe ce seuil pour la culture et l'usage industriel des variétés. Il l'étend dans les mêmes termes aux « extraits de chanvre, ainsi que des produits qui les intègrent ».
Le seuil vaut donc au-delà de la plante au champ. Une fleur, une résine, une huile ou un e-liquide vendus en boutique doivent chacun rester à 0,3 % de Δ⁹-THC au plus. La mesure et les marges d'analyse sont détaillées dans notre article sur le taux de THC légal.
L'écart est considérable. Selon l'OFDT, la teneur moyenne en THC de l'herbe saisie est passée de 10 % en 2011 à 14 % en 2023, et celle de la résine de 12 % à 29 %. Un « CBD » qui produit les effets du cannabis n'a donc rien d'un CBD fort : soit il sort du cadre légal, soit il a été dopé avec une autre molécule.
Ce que risque un consommateur de cannabis en 2026
L'usage de cannabis est un délit, que l'article L3421-1 du Code de la santé publique punit d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende. En pratique, les forces de l'ordre dressent le plus souvent une amende forfaitaire délictuelle, qui éteint les poursuites une fois payée. La loi n° 2026-798 du 18 août 2026 l'a portée à 500 € pour les faits commis à partir du 20 août 2026. Payée rapidement, elle tombe à 400 € ; en cas de retard, elle passe à 1 000 €. Le texte précise qu'elle s'applique « y compris en cas de récidive ».
L'OFDT en a recensé 143 200 pour usage de stupéfiants en 2022, quand leur montant était encore de 200 €.
Transporter, détenir, offrir ou céder du cannabis tombe sous un autre texte. L'article 222-37 du Code pénal prévoit dans ce cas dix ans d'emprisonnement et 7 500 000 € d'amende. Il s'agit de la peine maximale encourue, que le tribunal module selon les quantités et le contexte.
Au volant, le seuil de 0,3 % ne compte pas. L'article L235-1 du Code de la route punit de trois ans d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende toute personne qui conduit alors qu'une analyse sanguine ou salivaire révèle l'usage d'un stupéfiant. La Cour de cassation l'a confirmé le 21 juin 2023 (n° 22-85.530). L'infraction est constituée « peu important la dose absorbée », et l'autorisation de vendre certains dérivés du chanvre sous 0,3 % est « sans incidence ». Or un produit au CBD peut contenir des traces de THC détectables. Les tests et les sanctions sont détaillés dans notre article sur le CBD au volant.
Comment le cadre du CBD s'est construit, décision après décision
Le régime actuel du chanvre s'est formé par étapes, au fil de décisions de justice et de textes réglementaires.
| Date | Décision ou texte | Effet |
|---|---|---|
| 19 novembre 2020 | CJUE, arrêt Kanavape (C-663/18) | La France ne peut pas interdire le CBD légalement produit dans un autre État membre à partir de la plante entière |
| 30 décembre 2021 | Arrêté interministériel | Seuil de 0,3 % de Δ⁹-THC, mais vente de fleurs et de feuilles brutes interdite |
| 24 janvier 2022 | Conseil d'État, référé (n° 460055) | Suspension de l'interdiction des fleurs |
| 29 décembre 2022 | Conseil d'État (n° 444887) | Annulation définitive de l'interdiction des fleurs |
| 13 juin 2023 | ANSM | HHC, HHCO et HHCP classés stupéfiants |
| 3 juin 2024 | ANSM | H4CBD, THCP et d'autres dérivés classés stupéfiants |
L'arrêt Kanavape a ouvert la brèche. La Cour de justice de l'Union y juge que la libre circulation des marchandises s'oppose à l'interdiction d'un CBD extrait de la plante entière et légalement produit dans un autre État membre. Elle note qu'en l'état des connaissances, le CBD ne semble pas avoir d'effet psychotrope. L'affaire est racontée dans notre article sur l'arrêt Kanavape.
La France a ensuite fixé le seuil de 0,3 % tout en interdisant la vente de fleurs brutes. Le Conseil d'État a d'abord suspendu cette interdiction en référé le 24 janvier 2022, qu'il jugeait disproportionnée, puis l'a annulée le 29 décembre 2022. Selon lui, des tests rapides et peu coûteux permettent de distinguer le chanvre du cannabis.
Les molécules semi-synthétiques n'ont jamais bénéficié de ce cadre. L'ANSM a classé le HHC, le HHCO et le HHCP comme stupéfiants à compter du 13 juin 2023. Elle y a ajouté le H4CBD, le THCP et d'autres dérivés à compter du 3 juin 2024. Leur teneur en THC n'entre pas en compte. Les raisons sont exposées dans notre dossier sur le HHC.
Trois idées reçues que les textes contredisent
« 0,3 %, c'est une tolérance. » Faux. Ce chiffre définit le chanvre autorisé et n'accorde aucune marge aux consommateurs de cannabis. Un produit à 0,4 % de Δ⁹-THC ne bénéficie d'aucune indulgence : il sort du régime du chanvre.
« Avec du CBD légal, je suis en règle au volant. » Pas forcément. La vente est légale, mais la conduite se juge sur l'analyse de salive ou de sang, et l'étiquette du produit n'y entre pas.
« Le CBD est un stupéfiant qu'on tolère. » Faux aussi. En décembre 2022, le Conseil d'État a relevé que le CBD n'a pas d'effet psychotrope, et il a jugé disproportionnée l'interdiction des fleurs sous 0,3 %. Les produits ingérés relèvent d'un autre cadre, celui des nouveaux aliments, décrit dans notre article sur la réglementation du CBD en 2026.
Questions fréquentes
Non. Son usage est un délit, puni d'un an de prison et de 3 750 € d'amende, et réglé le plus souvent par une amende forfaitaire de 500 € depuis le 20 août 2026. Seul est autorisé le chanvre dont la teneur en Δ⁹-THC ne dépasse pas 0,3 %.
Au plus 0,3 % de Δ⁹-THC. Ce seuil s'applique aux variétés cultivées, aux extraits de chanvre et aux produits qui les intègrent, fleurs et résines comprises.
Depuis le 20 août 2026, elle est de 500 €, ramenée à 400 € en cas de paiement rapide et portée à 1 000 € en cas de retard. Elle s'élevait auparavant à 200 €. Le parquet peut aussi décider de poursuivre devant le tribunal.
C'est risqué. Selon la Cour de cassation, si une analyse de salive ou de sang détecte du THC, l'infraction est constituée quelle que soit la dose, même si le produit a été vendu légalement.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.