MDMB-FUBINACA
Cannabinoïde de synthèse très puissant, classé stupéfiant, lié à des intoxications graves et à des décès.
Avertissement réduction des risques
Aucune dose humaine caractérisée : données animales / in vitro uniquement. Profil d'effet, marge de sécurité et toxicité aiguë non documentés en clinique humaine. Composé extrêmement puissant : effets sévères, convulsions, décès rapportés dans la littérature.
C₂₂H₂₄FN₃O₃
CAS 1971007-93-8
- Famille
- Agoniste synthétique des récepteurs CBNouvelle substance psychoactive
- Masse molaire
- 397,40 g/mol
Mis à jour le
En clair
MDMB-FUBINACA n'a rien d'un cannabinoïde du chanvre : c'est une molécule fabriquée en laboratoire clandestin, pulvérisée sur des feuilles séchées ou vendue dissoute dans des e-liquides. Elle agit sur les mêmes récepteurs que le THC mais bien plus fortement, et elle a été liée à plus de six cents intoxications en deux semaines en Russie en 2014 et à au moins dix-sept décès dans le monde. Elle est classée comme stupéfiant en France et n'entre dans aucun produit CBD légal.
Récepteurs et activité
Réseau des cibles
- Active
Plus la valeur citée est faible, plus la cible est proche de MDMB-FUBINACA : un anneau tous les facteurs 100. Une cible sans valeur chiffrée reste sur le bord.
Où vivent ces cibles
Où chaque cible a été trouvée chez l’humain, d’après les études citées. La carte montre la cible, pas un effet de MDMB-FUBINACA.
CB1CB1 trouvé dans 7 régions du corps
- Ganglions de la basedenseTrès dense dans les ganglions de la base1
- CerveletdenseTrès dense dans le cervelet1
- HippocampedenseConcentrations très élevées dans l’hippocampe2
- AmygdaledenseConcentrations élevées dans l’amygdale2
- CortexprésentPrésent dans tout le néocortex2
- Tissu adipeuxprésentExprimé dans le tissu adipeux3
- IntestinprésentÉpithélium, muscle lisse et plexus du côlon4
Sources de la carte
- Herkenham M et al. Cannabinoid receptor localization in brain. Proc Natl Acad Sci U S A, 1990 (nouvel onglet)
- Glass M et al. Cannabinoid receptors in the human brain: a detailed anatomical and quantitative autoradiographic study in the fetal, neonatal and adult human brain. Neuroscience, 1997 (nouvel onglet)
- Engeli S et al. Activation of the peripheral endocannabinoid system in human obesity. Diabetes, 2005 (nouvel onglet)
- Wright K et al. Differential expression of cannabinoid receptors in the human colon: cannabinoids promote epithelial wound healing. Gastroenterology, 2005 (nouvel onglet)
Valeurs citées
- CB1AgonisteKi = 1,1 nM · humain82 sur 100
Gamage et al. 2018, J Pharmacol Exp Ther (nouvel onglet) · liaison au récepteur humain hCB1 recombinant (Gamage 2018) ; 0,10 nM dans Schoeder 2018
- CB2AgonisteKi = 0,1 nM · humain99 sur 100
Gamage et al. 2018, J Pharmacol Exp Ther (nouvel onglet) · liaison au récepteur humain hCB2 recombinant (Gamage 2018) ; 0,13 nM dans Schoeder 2018
Pharmacologie
MDMB-FUBINACA est un agoniste synthétique des récepteurs cannabinoïdes (SCRA) de la famille des indazole-3-carboxamides, sans parenté structurale avec les cannabinoïdes du chanvre. Il se lie aux récepteurs humains CB1 et CB2 avec une affinité de l'ordre du nanomolaire ou en dessous, au moins dix fois supérieure à celle du delta-9-THC, et se comporte dans les tests de signalisation comme un agoniste complet là où le delta-9-THC n'est qu'un agoniste partiel. Cette combinaison de puissance et d'efficacité maximale est associée à des intoxications graves, sans qu'une pharmacologie originale l'explique. Chez la souris, il se substitue au delta-9-THC en discrimination de stimulus, ce qui laisse attendre des effets subjectifs de type cannabique ; sa dose efficace médiane sur l'activité locomotrice est d'environ deux cents fois inférieure à celle du THC. Ce que la littérature n'établit pas compte autant : aucune étude clinique contrôlée n'existe, les données humaines de pharmacocinétique manquent, les sources consultées ne rapportent aucune activité sur TRPV1, GPR55, PPAR-gamma ou 5-HT1A, et l'Organisation mondiale de la santé n'a retrouvé aucune étude de toxicologie formelle. Aucun usage thérapeutique n'est reconnu.
Sources clés.
- OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 48e réunion (Genève, 20-22 octobre 2025) : rapport d'examen critique du MDMB-FUBINACA (point 3.2.1) (nouvel onglet)
- OMS, communiqué du 23 avril 2026 : la Commission des stupéfiants, à sa 69e session (9-13 mars 2026), inscrit le MDMB-FUBINACA au tableau II de la Convention de 1971 (nouvel onglet)
- Gamage et coll., Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 2018 : caractérisation moléculaire et comportementale des cannabinoïdes de synthèse MMB- et MDMB-FUBINACA, MN-18, NNEI, CUMYL-PICA et 5F-CUMYL-PICA (nouvel onglet)PMID 29549157
- Banister et coll., ACS Chemical Neuroscience, 2016 : pharmacologie des cannabinoïdes de synthèse valinate et tert-leucinate, dont le MDMB-FUBINACA (potentiel membranaire in vitro, télémétrie chez le rat) (nouvel onglet)PMID 27421060
- Kevin et coll., Forensic Toxicology, 2019 : formation de dégradants thermiques et de cyanure à partir de cannabinoïdes de synthèse de type carboxamide, dont le MDMB-FUBINACA (nouvel onglet)PMID 30705707
- Krishna Kumar et coll., Cell, 2019 : structure du complexe récepteur cannabinoïde CB1 - protéine G lié au MDMB-FUBINACA (nouvel onglet)PMID 30639101
- ANSM, liste consolidée des substances classées comme stupéfiants, mise à jour du 16 février 2026 : inscription nominative du MDMB-FUBINACA à l'annexe IV (famille des dérivés du 3-carboxamide indazole) (nouvel onglet)
- PubChem, MDMB-FUBINACA, CID 119025665 (nouvel onglet)
Histoire
- Provenance
- Aucune occurrence naturelle : MDMB-FUBINACA est un agoniste synthétique des récepteurs cannabinoïdes produit en laboratoire clandestin. Il circule pulvérisé sur des végétaux séchés vendus comme mélanges à fumer, ou dissous dans des e-liquides pour cigarette électronique dont la composition n'est pas annoncée (OMS 2025). Apparu sur le marché illicite en 2014 dans la Fédération de Russie, il a été détecté depuis dans au moins dix-neuf pays ; les réglementations nationales adoptées de 2015 à 2020 ont réduit les détections, mais l'OMS note qu'elles ont de nouveau augmenté récemment.
- Première description
- Le squelette indazole-3-carboxamide relève d'une famille décrite par un brevet pharmaceutique de Buchler et collaborateurs (WO 2009/106982, publié en 2009), sans rapport avec un usage récréatif. MDMB-FUBINACA lui-même est apparu sur le marché illicite en 2014 dans la Fédération de Russie, où il a été associé à une vague d'intoxications collectives, et sa présence en Europe a déclenché en 2016 une alerte de santé publique de l'observatoire européen des drogues (rapport OMS 2025). Sa pharmacologie a été caractérisée par Banister et collaborateurs en 2016, puis par Gamage et collaborateurs en 2018 ; il a servi de ligand dans la structure cryo-électronique du complexe récepteur CB1 - protéine G publiée en 2019.
Origine
Synthèse en laboratoire
Aucune voie biologique. MDMB-FUBINACA n'existe pas dans le vivant et n'a jamais été isolé d'une plante : il est obtenu entièrement par synthèse organique, décrite ici par sa seule classe chimique, celle des indazole-3-carboxamides. Ce squelette relève d'une famille décrite par le brevet Pfizer WO 2009/106982 (« Indazole derivatives »), détournée ensuite vers le marché illicite.
Cadre légal
- Union européenne
MDMB-FUBINACA a été suivi par le système d'alerte précoce de l'Union européenne ; sa présence en Europe a déclenché en 2016 une alerte de santé publique de l'observatoire européen des drogues. Il ne figure pas parmi les substances nommées dans l'annexe de la décision-cadre 2004/757/JAI telle que complétée par les directives (UE) 2017/2103, 2019/369, 2020/1687, 2021/802, 2022/1326 et 2025/2062, et l'OMS le dit illégal dans la plupart des États membres de l'Union. Le cadre international a changé en 2026 : sur recommandation du comité d'experts de la pharmacodépendance de l'OMS réuni à Genève du 20 au 22 octobre 2025, la Commission des stupéfiants des Nations unies a inscrit le MDMB-FUBINACA au tableau II de la Convention de 1971 sur les substances psychotropes lors de sa 69e session (9-13 mars 2026), ce qui impose un contrôle national aux parties. Aux États-Unis, la substance a fait l'objet d'un classement temporaire à l'annexe I (Schedule 1) du Controlled Substances Act en 2017, puis d'un classement à l'annexe I en 2020.
- France
Substance classée comme stupéfiant. MDMB-FUBINACA figure nommément à l'annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants, dans la liste consolidée de l'ANSM (mise à jour du 16 février 2026), sous la mention « MDMB-FUBINACA ou MDMB (N)-Bz-F ou FUB-MDMB ou methyl (2S)-2-{[1-[(4-fluorophenyl) methyl] indazole-3-carbonyl] amino}-3,3-dimethylbutanoate », parmi les exemples cités après la définition de la famille des dérivés du 3-carboxamide indazole. Le bloc des cannabinoïdes de synthèse auquel appartient cette entrée est rattaché dans la liste à plusieurs arrêtés (24 février 2009, 19 mai 2015, 31 mars 2017, 3 octobre 2017 et 14 octobre 2019) sans que la liste indique lequel a inscrit cette molécule. Cette liste est antérieure à l'inscription de la molécule au tableau II de la Convention de 1971 (Commission des stupéfiants, mars 2026). Production, détention, cession et usage sont interdits et pénalement sanctionnés ; aucun produit CBD légal ne peut en contenir.
Sources : EUR-Lex, UNODC, CND, ANSM, IUPHAR/BPS, ChEBI, EUDA. Notre méthode.
Classement
Famille, origine et vérification des sources
- Famille
Agoniste synthétique des récepteurs CB › Nouvelle substance psychoactive
- Classe
indazole-3-carboxamide
- Vérification
Classement, sources et valeurs de liaison vérifiés le 20 octobre 2026 ; texte relu contre ses sources et Wikipédia.
- Wikipédia (anglais)
Article apparié par la structure de la molécule (InChIKey), révision lue le 19 octobre 2026. Lu comme second avis, jamais cité comme source.
Classification structurelle
Carboxamide d'indazole : noyau indazole portant un groupe 4-fluorobenzyle sur l'azote N1 et une fonction carboxamide en position 3, reliée à un groupe tert-leucinate de méthyle de configuration S. Aucune parenté avec le squelette terpénophénolique des phytocannabinoïdes.
Pharmacocinétique
Les voies décrites sont exclusivement inhalées : combustion de végétaux imprégnés ou vapotage d'e-liquides. Aucune étude clinique n'a été conduite et les paramètres humains in vivo manquent. Les données disponibles sont in vitro : l'énantiomère S actif est lié aux protéines plasmatiques à 99,5 pour cent, reste stable dans le plasma sur cinq heures d'incubation (91,6 à 94,2 %), et présente une demi-vie de 11 minutes dans des hépatocytes humains en pool, contre 20 minutes pour l'énantiomère R ; la clairance hépatique humaine in vivo prédite pour l'énantiomère S est de 1,39 mL/min/kg (rapport OMS 2025). Dans une série néo-zélandaise de sangs ante-mortem et post-mortem, la substance n'a été retrouvée que sous la forme de son métabolite acide, à des concentrations inférieures à 10 ng/mL.
Métabolisme
Biotransformation hépatique intense. Vingt-deux métabolites ont été identifiés dans des urines humaines authentiques, provenant de patients hospitalisés et d'investigations post-mortem. La première transformation est l'hydrolyse de l'ester méthylique terminal, qui produit des métabolites carboxylés abondants. S'y ajoutent des monohydroxylations, une déshydrogénation, la formation de dihydrodiols et la perte du groupe fluorobenzyle, puis une glucuroconjugaison de phase II. Une partie de ces métabolites est commune avec celle de l'ADB-FUBINACA, ce qui complique l'attribution analytique quand les deux substances circulent en même temps.
Toxicologie et risques
L'OMS n'a retrouvé aucune information sur la toxicologie de la molécule (2025). Chez l'animal, la substance supprime l'activité locomotrice chez la souris avec une dose efficace médiane de 0,04 mg/kg, contre 7,9 mg/kg pour le delta-9-THC (soit environ deux cents fois moins) ; chez le rat, elle provoque une hypothermie prolongée (jusqu'à huit heures) réversible par un antagoniste CB1 mais pas par un antagoniste CB2, et une bradycardie légère. Chez l'humain, les signes rapportés lors d'intoxications confirmées analytiquement comprennent agitation ou sédation, vomissements, perte de mémoire à court terme, salivation, rhinorrhée, mydriase, tachycardie et anxiété. L'OMS dénombre au moins dix-sept décès, dont quinze dans la Fédération de Russie en 2014, où plus de six cents intoxications ont été signalées en deux semaines. Un facteur aggravant tient au mode de consommation : chauffée, la molécule se dégrade, et l'inhalation s'accompagne d'une exposition à des dégradants thermiques et à du cyanure, libéré à raison de 27,44 µg pour 1 mg de molécule chauffée (Kevin 2019, repris par l'OMS).
Détection et analyse
Le composé parent est difficile à mettre en évidence : dans une série néo-zélandaise de 564 sangs ante-mortem et post-mortem, il n'a été retrouvé que sous la forme de son métabolite acide, dans huit cas, à des concentrations inférieures à 10 ng/mL. Les méthodes validées reposent sur la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem ou à haute résolution, avec des limites de détection de l'ordre du nanogramme par millilitre dans le sang total. En urine, la stratégie recommandée consiste à cribler d'abord les métabolites acides, très abondants, puis à confirmer sur les métabolites hydroxylés, en particulier celui formé par hydrolyse de l'ester et hydroxylation du groupe néopentyle.
Références
- OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 48e réunion (Genève, 20-22 octobre 2025) : rapport d'examen critique du MDMB-FUBINACA (point 3.2.1) (nouvel onglet)
- OMS, communiqué du 23 avril 2026 : la Commission des stupéfiants, à sa 69e session (9-13 mars 2026), inscrit le MDMB-FUBINACA au tableau II de la Convention de 1971 (nouvel onglet)
- Gamage et coll., Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 2018 : caractérisation moléculaire et comportementale des cannabinoïdes de synthèse MMB- et MDMB-FUBINACA, MN-18, NNEI, CUMYL-PICA et 5F-CUMYL-PICA (nouvel onglet)PMID 29549157
- Banister et coll., ACS Chemical Neuroscience, 2016 : pharmacologie des cannabinoïdes de synthèse valinate et tert-leucinate, dont le MDMB-FUBINACA (potentiel membranaire in vitro, télémétrie chez le rat) (nouvel onglet)PMID 27421060
- Kevin et coll., Forensic Toxicology, 2019 : formation de dégradants thermiques et de cyanure à partir de cannabinoïdes de synthèse de type carboxamide, dont le MDMB-FUBINACA (nouvel onglet)PMID 30705707
- Krishna Kumar et coll., Cell, 2019 : structure du complexe récepteur cannabinoïde CB1 - protéine G lié au MDMB-FUBINACA (nouvel onglet)PMID 30639101
- ANSM, liste consolidée des substances classées comme stupéfiants, mise à jour du 16 février 2026 : inscription nominative du MDMB-FUBINACA à l'annexe IV (famille des dérivés du 3-carboxamide indazole) (nouvel onglet)
- PubChem, MDMB-FUBINACA, CID 119025665 (nouvel onglet)
Identifiants
Nomenclature
- Nom IUPAC
- methyl (2S)-2-[[1-[(4-fluorophenyl)methyl]indazole-3-carbonyl]amino]-3,3-dimethylbutanoate
- Autres noms
- MDMB(N)-Bz-F · FUB-MDMB
Identifiants
- Formule
- C₂₂H₂₄FN₃O₃
- CAS
- 1971007-93-8
- PubChem CID
- 119025665(nouvel onglet)
- InChIKey
- RFCDVEHNYDVCMU-LJQANCHMSA-N
- SMILES
- CC(C)
(C) [C@@H] (C(= O) OC) NC(= O) C1= NN(C2= CC= CC= C21) CC3= CC= C(C= C3) F
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