Aller au contenu

Endocannabinoïde

Endogène

LPI

Lysophosphatidylinositol

[(2R)-2-hydroxy-3-[hydroxy-[(2R,3R,5S,6R)-2,3,4,5,6-pentahydroxycyclohexyl]oxyphosphoryl]oxypropyl] hexadecanoate

Alias.LysoPI · L-alpha-lysophosphatidylinositol · lyso-PI · LPI 16:0 · 1-palmitoyl-sn-glycero-3-phosphoinositol · lysophosphatidylinositol 16:0

Lysophospholipide endogène, ligand de référence du récepteur GPR55, sans activité sur CB1 ni CB2.

Niveau de détail

Identifiants

Formule
C₂₅H₄₉O₁₂P
Masse molaire
572.60 g·mol⁻¹
CAS
796963-91-2
PubChem CID
71296207
Première description
Le lysophosphatidylinositol est décrit comme constituant lipidique dès les années 1960, puis rapporté au milieu des années 1980 par Metz comme stimulant de la sécrétion d'insuline par les îlots pancréatiques. Son statut de médiateur s'établit dans les années 1990 avec les travaux de Marco Falasca et Daniela Corda, qui montrent son accumulation et son action mitogène dans des cellules thyroïdiennes transformées par l'oncogène Ras, puis sa libération dans le milieu par des fibroblastes transformés. Le tournant survient en 2007 : Saori Oka, Takayuki Sugiura et leurs collègues, au Japon, identifient le LPI comme agoniste du récepteur orphelin GPR55. La même équipe désigne en 2009 le 2-arachidonoyl-LPI comme l'espèce la plus puissante et le ligand naturel le plus probable. La structure du complexe GPR55/LPI est résolue par cryomicroscopie électronique en 2025 par Tobias Claff, Dietmar Weichert et leurs collègues.
Origine
Molécule endogène, absente du cannabis. Le LPI est un constituant normal des membranes cellulaires de mammifère : il provient de l'hydrolyse partielle des phosphatidylinositols dans pratiquement tous les tissus et circule dans le plasma humain à des concentrations de l'ordre de quelques micromoles par litre. Ses taux varient selon le contexte pathologique : ils sont élevés dans les cellules transformées par Ras, dans le plasma de patientes atteintes de cancer de l'ovaire, chez des personnes obèses et dans le syndrome coronarien aigu. Il n'existe aucune source végétale d'intérêt pour un usage alimentaire ou cosmétique ; les préparations utilisées au laboratoire sont obtenues par hydrolyse enzymatique de phosphatidylinositols de soja au moyen d'une phospholipase A2, ce qui donne un mélange d'espèces dominé par la forme palmitoylée 16:0, celle que décrit cette fiche.
InChIKey
UOXRPRZMAROFPH-IESLQMLBSA-N

En clair

Le LPI est un fragment de graisse membranaire que les cellules du corps humain fabriquent en découpant un phospholipide ; il circule dans le sang et sert de signal entre cellules. Il se fixe sur un récepteur appelé GPR55, souvent présenté comme un cousin éloigné des récepteurs du cannabis, mais il n'agit pas sur les récepteurs cannabinoïdes classiques. Il ne se trouve pas dans le chanvre, n'entre dans aucun produit de consommation, et tout ce qui est connu vient du laboratoire.

Récepteurs et activité

  • GPR55
    CE50 35,5 nM pour l'activation de Gα13 avec le LPI 16:0 (Claff et al., 2025) ; environ 30 nM pour le 2-arachidonoyl-LPI en mobilisation calcique et en phosphorylation d'ERK sur HEK293 exprimant GPR55 humainAgoniste
  • TRPV2
    CE50 d'environ 3,4 µM pour la sécrétion de GLP-1 dépendante de TRPV2 en cellules GLUTag, effet non reproduit par les agonistes sélectifs de GPR55 (Harada et al., 2017)Modulateur
  • CB1
    aucune activation mesurée : les lysophospholipides ne produisent pas de réponse cannabinoïde dans les essais fondateurs (Oka et al., 2007)Agoniste
  • CB2
    participation partielle et indirecte à la production de cytokines mastocytaires, bloquée par l'AM630 seulement en association avec un antagoniste de GPR55 ; hypothèse d'hétérodimères GPR55/CB2, sans liaison directe démontrée (Martínez-Aguilar et al., 2023)Modulateur
  • Agoniste
  • Agoniste partiel
  • Antagoniste
  • Modulateur
  • Agoniste inverse

Survolez une ligne pour la valeur précise (Ki, EC50…)

Signature subjective

Survolez un axe pour lire la définition.

  • Apaisement
    5
  • Clarté
    5
  • Sommeil
    5
  • Appétit
    6
  • High
    5

Estimation éditoriale, non clinique.

Pharmacologie

Le LPI occupe une place singulière dans la littérature du système endocannabinoïde : c'est le ligand endogène de référence de GPR55, récepteur longtemps présenté comme un troisième récepteur cannabinoïde, alors que la molécule elle-même n'a rien d'un cannabinoïde et n'active ni CB1 ni CB2. L'identification remonte à 2007, lorsque Oka et ses collègues montrent que le LPI, seul parmi les lysolipides testés, déclenche la phosphorylation d'ERK1/2, des transitoires calciques et la liaison du GTPγS dans des cellules exprimant GPR55. La structure du complexe, obtenue par cryomicroscopie électronique en 2025, précise l'ancrage du phosphate sur l'arginine 253, les liaisons de la tête inositol et la sortie de la chaîne grasse vers la membrane, avec un couplage sélectif de Gα13 et une CE50 de 35,5 nM pour l'espèce 16:0 décrite ici ; les espèces 2-arachidonoyl restent les plus puissantes et sont considérées comme le ligand naturel le plus probable. En aval, RhoA et ROCK réorganisent le cytosquelette, la phospholipase C mobilise le calcium, ERK relaie vers la transcription. Tout n'est pas attribuable à GPR55 : dans les cellules entéro-endocrines L, la sécrétion de GLP-1 induite par le LPI dépend du canal TRPV2 et n'est pas reproduite par les agonistes sélectifs du récepteur. Le rapport aux cannabinoïdes végétaux est surtout inhibiteur, le cannabidiol comme le THCV et le CBDV bloquant la signalisation déclenchée par le LPI. Les données humaines manquent : aucune administration contrôlée, aucun essai clinique, seulement des mesures de concentrations endogènes et des associations avec l'obésité, le cancer de l'ovaire ou le syndrome coronarien aigu. Aucun bénéfice thérapeutique n'est établi.

Sources clés.

Voie biosynthétique (in vivo)

Le LPI naît de l'hydrolyse partielle des phosphatidylinositols membranaires, et non d'une voie de synthèse dédiée. Une phospholipase A2 cytosolique, dépendante du calcium, retire la chaîne grasse en position 2 et libère un 1-acyl-LPI : c'est le cas de l'espèce 16:0 décrite ici, qui conserve son palmitate. Une phospholipase A1, la DDHD1, agit en sens inverse, retire la chaîne en position 1 et libère un 2-acyl-LPI, en particulier le 2-arachidonoyl-LPI issu du phosphatidylinositol 1-stéaroyl-2-arachidonoyl : c'est cette espèce, et non la forme 16:0, qui est la plus citée comme agoniste physiologique de GPR55. La production est liée à l'état de la cellule plutôt que constitutive : elle augmente nettement dans les cellules transformées par Ras, qui en libèrent dans le milieu extracellulaire.

Classification structurelle

Classe
Endocannabinoïde
Origine
Molécule endogène, absente du cannabis. Le LPI est un constituant normal des membranes cellulaires de mammifère : il provient de l'hydrolyse partielle des phosphatidylinositols dans pratiquement tous les tissus et circule dans le plasma humain à des concentrations de l'ordre de quelques micromoles par litre. Ses taux varient selon le contexte pathologique : ils sont élevés dans les cellules transformées par Ras, dans le plasma de patientes atteintes de cancer de l'ovaire, chez des personnes obèses et dans le syndrome coronarien aigu. Il n'existe aucune source végétale d'intérêt pour un usage alimentaire ou cosmétique ; les préparations utilisées au laboratoire sont obtenues par hydrolyse enzymatique de phosphatidylinositols de soja au moyen d'une phospholipase A2, ce qui donne un mélange d'espèces dominé par la forme palmitoylée 16:0, celle que décrit cette fiche.
Statut
Endogène

Lysophospholipide de la famille des glycérophosphoinositols : un squelette glycérol portant une seule chaîne grasse estérifiée, l'autre position hydroxyle étant libre, et un groupement phosphate reliant le glycérol à un cycle myo-inositol. La fiche correspond à l'espèce 16:0, dont la chaîne est un palmitate ; l'espèce la plus citée pour son activité est le 2-arachidonoyl-LPI, qui porte à la place un résidu arachidonoyle à vingt carbones et quatre insaturations. Ce n'est pas un cannabinoïde au sens chimique : la molécule ne possède ni noyau terpénophénolique, ni fonction amide de type N-acyléthanolamine, ni ester de glycérol comparable au 2-AG.

Pharmacocinétique

Aucune étude de pharmacocinétique humaine n'a été publiée : le LPI n'a jamais été administré à l'être humain, et rien n'est documenté sur une éventuelle absorption orale, qui se heurterait de toute façon aux lipases et aux phospholipases digestives. Ce que la littérature mesure, ce sont des concentrations endogènes : les travaux sur les cellules entéro-endocrines situent le LPI circulant autour de trois micromoles par litre chez l'adulte, ordre de grandeur cohérent avec les concentrations actives in vitro. Moreno-Navarrete et ses collègues (2012) rapportent des taux plasmatiques plus élevés chez des patientes obèses, corrélés au poids et au pourcentage de masse grasse, avec une expression accrue de GPR55 dans le tissu adipeux. Il s'agit d'un médiateur local produit à la demande et non stocké, dont la persistance dans le milieu extracellulaire est limitée par des hydrolases et par la réacylation en phospholipide.

Métabolisme

Le LPI est à la fois un produit de dégradation des phosphatidylinositols et un substrat pour plusieurs voies. Une lysophospholipase A libère l'acide gras et donne le glycérophosphoinositol ; une lysophospholipase C conduit à des acylglycérols ; une lysophospholipase D, l'autotaxine (ENPP2), coupe la tête inositol et transforme le LPI en acide lysophosphatidique, médiateur qui possède ses propres récepteurs, ce qui complique l'attribution des effets observés. La voie de recyclage est la réacylation en phosphatidylinositol par des acyltransférases : la MBOAT7 et l'AGPAT8 prennent en charge le 1-acyl-LPI, seule l'AGPAT8 réacylant le 2-acyl-LPI. Des travaux récents décrivent en outre un catabolisme hépatique du LPI relié à la transduction du signal insulinique. Aucune donnée humaine d'élimination ni de bilan de masse n'existe, puisque la molécule n'a jamais été administrée.

Toxicologie et risques

Aucune donnée de toxicologie humaine, aucun cas d'intoxication, aucun potentiel d'abus : le LPI n'a pas d'effet psychotrope connu, n'agit pas sur CB1 et n'est pas une substance de consommation. Les signaux disponibles sont des associations pathologiques et des expériences animales, et ils vont dans les deux sens. Les concentrations de LPI sont élevées dans les cellules transformées par Ras et dans le plasma de patientes atteintes de cancer de l'ovaire, et l'axe LPI/GPR55 favorise la prolifération et la migration de plusieurs lignées tumorales ; chez le rongeur, l'administration de LPI aggrave les lésions d'ischémie-reperfusion myocardique par une voie GPR55/ROCK. À l'inverse, des effets anti-inflammatoires ont été décrits sur microglie en culture, et une amélioration de la sécrétion d'insuline et de la tolérance au glucose sur modèles animaux. Le sens de l'effet dépend du tissu et du contexte, ce qui interdit toute conclusion générale et tout usage extrapolé chez l'être humain.

Détection et analyse

Quantification par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse, généralement en tandem et avec étalons internes, dans les panels lipidomiques qui dosent conjointement les lysophospholipides plasmatiques : LPI, acide lysophosphatidique, lysophosphatidylcholine et lysophosphatidylsérine. Les espèces se distinguent par la longueur et l'insaturation de la chaîne grasse, 16:0, 18:0 ou 20:4, ce qui impose une séparation chromatographique fine avant détection. La mesure reste délicate : le LPI continue d'être produit et dégradé après le prélèvement, si bien que le traitement des échantillons doit être rapide et que les valeurs absolues se comparent mal d'une étude à l'autre. L'usage est strictement scientifique ou clinique exploratoire ; le LPI n'apparaît dans aucun test de dépistage toxicologique ni dans aucune recherche médico-légale, puisqu'il s'agit d'un lipide endogène non contrôlé.

Références

  1. 1.Oka S., Nakajima K., Yamashita A., Kishimoto S., Sugiura T., Identification of GPR55 as a lysophosphatidylinositol receptor, Biochem Biophys Res Commun, 2007 (identification du LPI comme agoniste de GPR55)PMID 17765871
  2. 2.Yamashita A., Oka S., Tanikawa T., Hayashi Y., Nemoto-Sasaki Y., Sugiura T., The actions and metabolism of lysophosphatidylinositol, an endogenous agonist for GPR55, Prostaglandins Other Lipid Mediat, 2013 (biosynthèse par DDHD1, métabolisme, réacylation)PMID 23714700
  3. 3.Claff T., Ebenhoch R., Kley J.T., Magarkar A., Nar H., Weichert D., Structural basis for lipid-mediated activation of G protein-coupled receptor GPR55, Nature Communications, 2025 (structure GPR55/LPI, CE50 35,5 nM sur Gα13)PMID 40000629
  4. 4.Ryberg E. et al., The orphan receptor GPR55 is a novel cannabinoid receptor, British Journal of Pharmacology, 2007 (blocage de GPR55 par le cannabidiol)PMID 17876302
  5. 5.Anavi-Goffer S. et al., Modulation of L-alpha-lysophosphatidylinositol/GPR55 MAPK signaling by cannabinoids, Journal of Biological Chemistry, 2012 (inhibition de la signalisation LPI par le THCV, le CBDV et le cannabigérovarine)PMID 22027819
  6. 6.Harada K. et al., Lysophosphatidylinositol-induced activation of the cation channel TRPV2 triggers glucagon-like peptide-1 secretion in enteroendocrine L cells, Journal of Biological Chemistry, 2017 (CE50 3,4 µM, LPI circulant d'environ 3 µM)PMID 28533434
  7. 7.Arifin S.A., Falasca M., Lysophosphatidylinositol Signalling and Metabolic Diseases, Metabolites, 2016 (taux plasmatiques et obésité, sécrétion d'insuline, voies de signalisation)DOI 10.3390/metabo6010006
  8. 8.Martínez-Aguilar L. et al., Lysophosphatidylinositol Promotes Chemotaxis and Cytokine Synthesis in Mast Cells with Differential Participation of GPR55 and CB2 Receptors, International Journal of Molecular Sciences, 2023PMID 37047288
  9. 9.PubChem CID 71296207, lysophosphatidylinositol 16:0 (formule, masse, identifiants)
  10. 10.Wikipedia, Lysophosphatidylinositol (fiche de synthèse, espèces 16:0 et 2-arachidonoyl)

Données structurées

InChIKey
UOXRPRZMAROFPH-IESLQMLBSA-N
Formule
C25H49O12P
Masse molaire
572.60 g·mol⁻¹
CAS
796963-91-2
PubChem CID
71296207
Fiche machine-lisible (JSON)

Format d’ingestion LLM : superset structuré de la fiche (identifiants, liaison, statut légal versionné). Corpus complet.

Produits suggérés