CUMYL-PEGACLONE
Cannabinoïde de synthèse à noyau gamma-carbolinone, agoniste CB1 complet, classé stupéfiant en France.
Avertissement réduction des risques
Aucune dose humaine caractérisée : données animales / in vitro uniquement. Profil d'effet, marge de sécurité et toxicité aiguë non documentés en clinique humaine. Composé extrêmement puissant : effets sévères, convulsions, décès rapportés dans la littérature.
C₂₅H₂₈N₂O
CAS 2160555-55-3
- Famille
- Agoniste synthétique des récepteurs CBNouvelle substance psychoactive
- Masse molaire
- 372,50 g/mol
Mis à jour le
En clair
Le CUMYL-PEGACLONE est un cannabinoïde de synthèse fabriqué en laboratoire, sans aucun rapport avec la plante de chanvre. On l'a surtout retrouvé pulvérisé sur des herbes à fumer vendues sous des noms fantaisistes, où il active les récepteurs cannabinoïdes bien plus intensément que le THC. C'est un stupéfiant classé en France, et il n'entre dans aucun produit vendu ici.
Récepteurs et activité
Réseau des cibles
- Active
Plus la valeur citée est faible, plus la cible est proche de CUMYL-PEGACLONE : un anneau tous les facteurs 100. Une cible sans valeur chiffrée reste sur le bord.
Où vivent ces cibles
Où chaque cible a été trouvée chez l’humain, d’après les études citées. La carte montre la cible, pas un effet de CUMYL-PEGACLONE.
CB1CB1 trouvé dans 7 régions du corps
- Ganglions de la basedenseTrès dense dans les ganglions de la base1
- CerveletdenseTrès dense dans le cervelet1
- HippocampedenseConcentrations très élevées dans l’hippocampe2
- AmygdaledenseConcentrations élevées dans l’amygdale2
- CortexprésentPrésent dans tout le néocortex2
- Tissu adipeuxprésentExprimé dans le tissu adipeux3
- IntestinprésentÉpithélium, muscle lisse et plexus du côlon4
Sources de la carte
- Herkenham M et al. Cannabinoid receptor localization in brain. Proc Natl Acad Sci U S A, 1990 (nouvel onglet)
- Glass M et al. Cannabinoid receptors in the human brain: a detailed anatomical and quantitative autoradiographic study in the fetal, neonatal and adult human brain. Neuroscience, 1997 (nouvel onglet)
- Engeli S et al. Activation of the peripheral endocannabinoid system in human obesity. Diabetes, 2005 (nouvel onglet)
- Wright K et al. Differential expression of cannabinoid receptors in the human colon: cannabinoids promote epithelial wound healing. Gastroenterology, 2005 (nouvel onglet)
Valeurs citées
- CB1AgonisteKi = 1,4 nM · humain81 sur 100
Angerer et al. 2018 (valeurs reprises par l'OMS 2020) (nouvel onglet) · liaison au récepteur hCB1 exprimé dans des cellules CHO
- CB2AgonisteKi = 2,1 nM · humain78 sur 100
Angerer et al. 2018 (valeurs reprises par l'OMS 2020) (nouvel onglet) · liaison au récepteur hCB2 exprimé dans des cellules CHO
Pharmacologie
Le CUMYL-PEGACLONE est un agoniste complet des récepteurs cannabinoïdes, avec des affinités du même ordre pour hCB1 (Ki de 1,37 nM) et hCB2 (Ki de 2,09 nM) et une activation fonctionnelle de CB1 obtenue à des concentrations nanomolaires, voire inférieures selon le test employé. Il recrute très efficacement la mini-Gαi et la bêta-arrestine 2 : cette activation maximale, là où le THC ne se comporte qu'en agoniste partiel, sépare les deux molécules en matière de risque. Le reste du dossier est mince. Aucune étude clinique, aucune évaluation contrôlée du potentiel d'abus chez l'humain, une pharmacocinétique quasi inexplorée, et des observations issues presque uniquement de la médecine légale : quelques intoxications, des convulsions chez deux adolescents exposés à leur insu, et des séries de décès où la substance a été retrouvée, le plus souvent avec d'autres produits. Les données humaines manquent pour aller plus loin.
Sources clés.
- OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 43e réunion : Critical Review Report CUMYL-PEGACLONE (2020) (nouvel onglet)
- UNODC, annonce des décisions de la CND (64e session, avril 2021) : CUMYL-PEGACLONE et MDMB-4en-PINACA au tableau II de la Convention de 1971, entrée en vigueur le 7 décembre 2021 (nouvel onglet)
- ANSM, Décision du 30 août 2022 portant modification de la liste des substances classées comme stupéfiants (nouvel onglet)
- ANSM, Liste consolidée des substances classées comme stupéfiants, mise à jour du 16 février 2026 (annexe III) (nouvel onglet)
- Angerer et al., Structural characterization and pharmacological evaluation of the new synthetic cannabinoid CUMYL-PEGACLONE, Drug Testing and Analysis, 2018 (nouvel onglet)PMID 28670781
- Mogler et al., Phase I metabolism of the recently emerged synthetic cannabinoid CUMYL-PEGACLONE and detection in human urine samples, Drug Testing and Analysis, 2018 (nouvel onglet)PMID 29314750
- Tiemensma et al., Emergence of Cumyl-PEGACLONE-related fatalities in the Northern Territory of Australia, Forensic Science Medicine and Pathology, 2021 (nouvel onglet)PMID 33185835
- Li et al., Assessment of pharmacological effects and abuse potential of 5F-EDMB-PICA, CUMYL-PEGACLONE, and NM-2201 in mice, Psychopharmacology, 2025 (nouvel onglet)PMID 39402377
- Halter et al., Quantification of herbal mixtures containing Cumyl-PEGACLONE: is inhomogeneity still an issue?, Journal of Analytical Toxicology, 2020 (nouvel onglet)PMID 31044247
- PubChem, CUMYL-PEGACLONE, CID 134818034 (nouvel onglet)
Histoire
- Provenance
- Molécule entièrement synthétique, absente du cannabis comme de toute autre plante. Elle a circulé sur le marché des mélanges à fumer dits « spice », pulvérisée sur des matières végétales ou solubilisée en liquide pour vapotage, sous des appellations commerciales changeantes. Son noyau gamma-carbolinone, inédit à l'époque, semble avoir été retenu pour échapper aux définitions génériques de la loi allemande sur les nouvelles substances psychoactives entrée en vigueur fin 2016.
- Première description
- Premier repérage en 2016 dans des échantillons saisis par les autorités allemandes, dans le cadre de l'initiative européenne SPICE Profiling (rapport OMS 2020). Le produit est apparu sur le marché allemand à la fin de 2016, peu après l'entrée en vigueur de la loi allemande sur les nouvelles substances psychoactives (novembre 2016) ; sa structure a été élucidée par Angerer et ses collègues (Drug Testing and Analysis, 2018 ; mise en ligne en juillet 2017) comme celle de l'un des premiers cannabinoïdes de synthèse échappant à cette loi. Le noyau gamma-carbolinone n'avait pas été observé auparavant dans un cannabinoïde de synthèse.
Origine
Synthèse en laboratoire
Aucune voie biosynthétique connue : cette molécule n'existe dans aucun organisme vivant et provient exclusivement d'une synthèse chimique, sur un noyau gamma-carbolinone. La fabrication n'est décrite ici que par sa classe chimique.
Cadre légal
- Union européenne
La molécule a été inscrite au tableau II de la Convention de 1971 sur les substances psychotropes par la Commission des stupéfiants des Nations unies lors de sa 64e session (12-16 avril 2021), la décision entrant en vigueur le 7 décembre 2021 (annonce de l'UNODC). L'OMS l'avait examinée à la 43e réunion de son Comité d'experts de la pharmacodépendance (2020), qui notait qu'elle n'était alors soumise à aucun contrôle international. Les États membres de l'Union européenne, parties à cette convention, sont tenus de la contrôler ; l'Allemagne l'avait fait dès 2018 (loi sur les stupéfiants) et la Suède en 2019. Sa détection a été signalée dans seize pays européens et au Japon de 2017 à 2019 (rapport OMS, données de l'UNODC).
- France
En France, le CUMYL-PEGACLONE est nommément classé comme stupéfiant. La décision du directeur général de l'ANSM du 30 août 2022 l'a inscrit sous le nom « cumyl-pegaclone » à l'annexe III de l'arrêté du 22 février 1990, comme le montre la liste consolidée publiée par l'ANSM (mise à jour du 16 février 2026), dont l'annexe III porte l'intitulé « Tableaux I et II de la Convention sur les psychotropes de 1971 ». La détention, la cession et l'usage relèvent du régime pénal des stupéfiants, et aucun produit vendu ici n'en contient.
Sources : EUR-Lex, UNODC, CND, ANSM, IUPHAR/BPS, ChEBI, EUDA. Notre méthode.
Classement
Famille, origine et vérification des sources
- Famille
Agoniste synthétique des récepteurs CB › Nouvelle substance psychoactive
- Classe
gamma-carbolinone
- Vérification
Classement, sources et valeurs de liaison vérifiés le 20 octobre 2026 ; texte relu contre ses sources et Wikipédia.
- Wikipédia (anglais)
CUMYL-PEGACLONE (nouvel onglet)
Article apparié par la structure de la molécule (InChIKey), révision lue le 19 octobre 2026. Lu comme second avis, jamais cité comme source.
Classification structurelle
Agoniste synthétique des récepteurs cannabinoïdes appartenant à la classe des gamma-carbolin-1-ones, construite sur un noyau pyrido[4,3-b]indol-1-one portant une chaîne N-pentyle et un groupement cumyle. Cette architecture est apparentée à celle du cumyl-PICA (rapport OMS 2020), la fonction amide étant ici incluse dans un cycle lactame.
Pharmacocinétique
Les données humaines d'absorption et de distribution manquent. La voie d'usage présumée est l'inhalation, par combustion de végétaux imprégnés ou par vapotage. Les concentrations sériques relevées en contexte médico-légal post mortem s'échelonnent de 0,38 à 34,9 nM (0,14 à 13 ng/mL). La substance est fortement métabolisée : le composé inchangé n'est pas retrouvé dans les urines authentiques, ce qui oblige à cibler les métabolites. Aucune étude pharmacocinétique contrôlée n'a été conduite.
Métabolisme
L'analyse d'urines authentiques a permis de décrire 22 métabolites de phase I, dont 16 confirmés ensuite sur microsomes hépatiques humains. Les transformations observées associent mono et dihydroxylations, déshydrogénation, N-désalkylation, dégradation de la chaîne pentyle jusqu'à un métabolite acide propionique et formation d'une fonction carbonyle sur cette même chaîne. Deux métabolites monohydroxylés dominent et servent de marqueurs médico-légaux de consommation. Un produit de dégradation thermique, la N-pentyl-gamma-carbolinone, se forme au chauffage et peut être retrouvé dans les prélèvements biologiques.
Toxicologie et risques
À la date de l'examen par l'OMS (2020), aucune étude toxicologique préclinique n'avait été conduite et le potentiel d'abus et de dépendance n'avait pas été évalué. La molécule a été retrouvée dans le sang fémoral post mortem de six personnes, mais d'autres substances étaient présentes dans cinq de ces six cas, ce qui interdit toute attribution formelle. En Australie, une série de cinq décès survenus en dix-huit mois dans le Territoire du Nord rapporte des concentrations sanguines post mortem de 0,73 à 3,0 µg/L, avec des facteurs associés tels qu'une maladie cardiovasculaire sous-jacente et une consommation concomitante d'alcool. Deux adolescents ont convulsé après avoir fumé un produit qui en contenait (confirmé par analyse). Chez la souris (Li 2025), la molécule produit les effets cannabinoïdes classiques avec la puissance la plus élevée parmi les trois agonistes comparés, et l'administration d'un antagoniste CB1 déclenche des signes de sevrage. Aucune marge de sécurité n'est établie chez l'humain.
Détection et analyse
Le composé se prête à une identification par chromatographie en phase gazeuse ou liquide couplée à la spectrométrie de masse, ainsi que par résonance magnétique nucléaire sur les produits saisis ; son maximum d'absorption ultraviolet se situe à 252 nm. En pratique médico-légale, le criblage urinaire vise les métabolites monohydroxylés plutôt que la molécule mère, absente des urines ; trois tests immunochimiques courants de criblage urinaire des cannabinoïdes de synthèse ne l'ont pas détectée, faute de réactivité croisée suffisante (Mogler 2018). Les teneurs des mélanges végétaux saisis varient fortement, de 8,6 à 146 mg par gramme sur une série de vingt produits ; la variabilité au sein d'un même sachet était le plus souvent inférieure à 10 % (écart-type relatif).
Références
- OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 43e réunion : Critical Review Report CUMYL-PEGACLONE (2020) (nouvel onglet)
- UNODC, annonce des décisions de la CND (64e session, avril 2021) : CUMYL-PEGACLONE et MDMB-4en-PINACA au tableau II de la Convention de 1971, entrée en vigueur le 7 décembre 2021 (nouvel onglet)
- ANSM, Décision du 30 août 2022 portant modification de la liste des substances classées comme stupéfiants (nouvel onglet)
- ANSM, Liste consolidée des substances classées comme stupéfiants, mise à jour du 16 février 2026 (annexe III) (nouvel onglet)
- Angerer et al., Structural characterization and pharmacological evaluation of the new synthetic cannabinoid CUMYL-PEGACLONE, Drug Testing and Analysis, 2018 (nouvel onglet)PMID 28670781
- Mogler et al., Phase I metabolism of the recently emerged synthetic cannabinoid CUMYL-PEGACLONE and detection in human urine samples, Drug Testing and Analysis, 2018 (nouvel onglet)PMID 29314750
- Tiemensma et al., Emergence of Cumyl-PEGACLONE-related fatalities in the Northern Territory of Australia, Forensic Science Medicine and Pathology, 2021 (nouvel onglet)PMID 33185835
- Li et al., Assessment of pharmacological effects and abuse potential of 5F-EDMB-PICA, CUMYL-PEGACLONE, and NM-2201 in mice, Psychopharmacology, 2025 (nouvel onglet)PMID 39402377
- Halter et al., Quantification of herbal mixtures containing Cumyl-PEGACLONE: is inhomogeneity still an issue?, Journal of Analytical Toxicology, 2020 (nouvel onglet)PMID 31044247
- PubChem, CUMYL-PEGACLONE, CID 134818034 (nouvel onglet)
Identifiants
Nomenclature
- Nom IUPAC
- 5-pentyl-2-(2-phenylpropan-2-yl)pyrido[4,3-b]indol-1-one
- Autres noms
- SGT-151
Identifiants
- Formule
- C₂₅H₂₈N₂O
- CAS
- 2160555-55-3
- PubChem CID
- 134818034(nouvel onglet)
- InChIKey
- AWHWTKXMUJLSRM-UHFFFAOYSA-N
- SMILES
- CCCCCN1C2=
C(C3= CC= CC= C31) C(= O) N(C= C2) C(C) (C) C4= CC= CC= C4
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