Métaux lourds et CBD : quel seuil pour une fleur, un hash ?
Aucun texte européen ne fixe de teneur maximale en métaux lourds pour une fleur ou une résine de CBD. Le règlement (UE) 2023/915 porte sur les denrées alimentaires, et les laboratoires prennent souvent comme comparaison sa ligne « compléments alimentaires » : 3,0 mg/kg de plomb, 1,0 de cadmium, 0,10 de mercure. Pour un produit inhalé, la Californie retient 0,5 mg/kg de plomb, six fois moins, et le verdict change donc avec la référence choisie.

- 01Aucun seuil européen ne vise la fleur ni la résine
- 02Les valeurs citables du règlement 2023/915
- 03Produit inhalé : une référence six fois plus stricte
- 04Pourquoi le chanvre concentre les métaux du sol
- 05L'ICP-MS et la limite de quantification
- 06Lire la ligne « métaux » d'un certificat
- 07Questions fréquentes
À retenir
- Dans le règlement (UE) 2023/915, le chanvre n'apparaît que pour ses graines, au titre du THC ; aucune ligne ne le vise pour les métaux.
- Ligne des compléments alimentaires : plomb 3,0 mg/kg, cadmium 1,0 mg/kg, mercure 0,10 mg/kg, et pas de limite pour l'arsenic.
- Pour le cannabis inhalé, la Californie retient 0,5 µg/g de plomb, 0,2 de cadmium, 0,1 de mercure et 0,2 d'arsenic.
- En 2023, une étude a trouvé jusqu'à 66,2 mg/kg de cadmium dans des fleurs de chanvre cultivées sur une solution contaminée.
- « < LQ » se lit « sous le seuil chiffrable de ce laboratoire » et ne veut pas dire « absent ».
Aucun seuil européen ne vise la fleur ni la résine
Le règlement (UE) 2023/915 de la Commission, daté du 25 avril 2023, fixe les teneurs maximales en contaminants des denrées alimentaires ; il remplace le règlement (CE) n° 1881/2006. Sa section 3, « Métaux et autres éléments », traite du plomb (3.1), du cadmium (3.2), du mercure (3.3), de l'arsenic (3.4) et de l'étain inorganique (3.5).
Le chanvre n'apparaît qu'à la section 2.6, au titre des équivalents de Δ⁹-THC : 3,0 mg/kg pour les graines de chanvre et les graines transformées, 7,5 mg/kg pour l'huile de chènevis. La fleur et la résine n'ont aucune ligne, ni pour le THC ni pour les métaux. Rien d'étonnant, puisqu'en France une fleur ou un hash de CBD n'est pas vendu comme aliment. Le seuil qui s'applique à ces produits est celui de 0,30 % de Δ⁹-THC, fixé par un texte français que détaille notre article sur le taux de THC légal.
Comme aucune ligne ne leur est consacrée, le laboratoire compare ses résultats à la catégorie la plus proche. Ce choix relève de l'analyste et non de la loi, et le certificat doit l'indiquer.
Les valeurs citables du règlement 2023/915
| Élément | Catégorie du règlement | Teneur maximale |
|---|---|---|
| Plomb | Céréales (3.1.11) | 0,20 mg/kg |
| Plomb | Épices tirées de fruits (3.1.12) | 0,60 mg/kg |
| Plomb | Épices tirées de racines et rhizomes (3.1.12) | 1,50 mg/kg |
| Plomb | Épices tirées d'écorces (3.1.12) | 2,0 mg/kg |
| Plomb | Compléments alimentaires (3.1.28) | 3,0 mg/kg |
| Cadmium | Épinards, feuilles similaires et fines herbes fraîches (3.2.6.2) | 0,20 mg/kg |
| Cadmium | Compléments alimentaires (3.2.21.1) | 1,0 mg/kg |
| Mercure | Compléments alimentaires (3.3.2) | 0,10 mg/kg |
| Arsenic inorganique | Riz usiné non étuvé (3.4.1.1) | 0,15 mg/kg |
Pour le plomb, les valeurs vont de 0,20 mg/kg (céréales) à 3,0 mg/kg (compléments), soit un facteur quinze. Une teneur maximale tient compte des quantités consommées, et on mange bien plus de céréales que de compléments ; elle ne désigne donc pas un seuil de toxicité.
L'arsenic demande une précision. Sa forme inorganique n'est plafonnée que pour les produits des points 3.4.1 à 3.4.4 : le riz et ses dérivés, les aliments pour nourrissons et les jus de fruits. L'arsenic total ne l'est que pour le sel, à 0,50 mg/kg (3.4.5). Les compléments alimentaires n'ont aucune limite. Le certificat d'une résine qui annonce une conformité arsenic « au règlement européen » renvoie donc à une ligne qui n'existe pas.
Les repères sanitaires, eux, viennent de l'EFSA et se rapportent au kilo de poids corporel. Pour le cadmium, dont l'organe cible est le rein, l'agence a fixé en 2009 une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg/kg. Ces repères évaluent l'exposition alimentaire d'une population ; ils ne servent pas à juger un lot.
Produit inhalé : une référence six fois plus stricte
Une fleur ou un hash de CBD se fume ou se vaporise, et une substance inhalée passe par les poumons au lieu du tube digestif. Pour le chanvre, aucune règle européenne ne couvre ce cas, mais la Californie en a écrit une pour le cannabis. Son règlement sur les analyses de métaux, 4 CCR § 15723, prévoit des seuils d'action différents pour les produits inhalés et pour les autres.
| Élément | Cannabis inhalé, Californie | Cannabis non inhalé, Californie | Complément alimentaire, UE |
|---|---|---|---|
| Plomb | 0,5 µg/g | 0,5 µg/g | 3,0 mg/kg |
| Cadmium | 0,2 µg/g | 0,5 µg/g | 1,0 mg/kg |
| Mercure | 0,1 µg/g | 3,0 µg/g | 0,10 mg/kg |
| Arsenic | 0,2 µg/g | 1,5 µg/g | aucune limite |
Un microgramme par gramme équivaut à un milligramme par kilo, si bien que les colonnes se comparent telles quelles. Pour un produit inhalé, la limite californienne en plomb est six fois plus basse que la ligne « compléments » de l'Union, et celle du cadmium cinq fois plus basse. Un lot à 1,2 mg/kg de plomb respecte la référence européenne et dépasse la californienne.
La Californie n'a aucune autorité en France. Parmi les grilles que nous avons pu lire, c'est pourtant la seule conçue pour un produit de cannabis que l'on respire. Un certificat qui s'y réfère se lit donc avec un critère plus strict.
Pourquoi le chanvre concentre les métaux du sol
Le chanvre puise les éléments de son substrat et les accumule ; c'est pour cela qu'on l'emploie à dépolluer des sols. Des chercheurs l'ont cultivé en hydroponie avec quatre apports de cadmium : 0, 2,5, 10 et 25 mg/L. Leurs résultats ont paru en 2023 dans Frontiers in Plant Science et sont en accès libre.
Avec 2,5 mg/L, les racines contenaient environ 150 fois plus de cadmium que les feuilles. Les fleurs en contenaient elles aussi : 8,7 et 7,6 mg/kg dans les deux expériences à 2,5 mg/L, puis 66,2 et 25,5 mg/kg à 10 mg/L. Pour les auteurs, le chanvre peut accumuler du cadmium dans ses fleurs, et l'analyse des produits de consommation peut avoir son importance.
L'étude a deux limites : les apports étaient volontairement élevés, et une culture hydroponique diffère d'un champ. On ne peut donc rien en déduire pour un lot du commerce. Elle montre en revanche que la contamination peut atteindre la fleur, et c'est la fleur qu'il faut analyser, en plus du sol. Les fiches de la catégorie fleurs de CBD précisent le mode de culture ; c'est une information de contexte, qui ne remplace pas une mesure.
L'ICP-MS et la limite de quantification
L'ICP-MS (spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif) envoie l'échantillon dans un plasma d'argon, puis sépare les éléments selon leur masse. La norme NF EN 15763 décrit ce dosage de l'arsenic, du cadmium, du mercure et du plomb dans les denrées, après minéralisation sous pression. Cette étape pèse autant que la mesure elle-même : avant l'injection, la matière végétale est dissoute à chaud dans un acide.
Pour les contrôles officiels, prélèvement et analyse suivent le règlement (CE) n° 333/2007. Il portait au départ sur le plomb, le cadmium, le mercure, l'étain inorganique, le 3-MCPD et le benzo(a)pyrène, rappelle la page de la Commission sur l'échantillonnage. Il a été étendu depuis à l'arsenic inorganique et au nickel.
La limite de quantification (LQ) est la plus petite teneur que la méthode sait chiffrer avec la fidélité requise. Elle dépend de la méthode et de la matrice, donc du laboratoire. Le règlement 2023/915 suit lui-même une convention prudente à sa section 2.6, où toute valeur inférieure à la LQ compte pour zéro dans le calcul des teneurs. Sur un certificat, « < LQ » veut donc dire « sous le seuil chiffrable de ce laboratoire », jamais « absent ».
Lire la ligne « métaux » d'un certificat
Vérifiez quatre points, dans cet ordre.
- Le numéro de lot du certificat doit être celui du sachet. Sans lot, le document ne prouve rien sur votre produit.
- Les métaux se dosent par ICP-MS, et la norme suivie doit être citée. Annoncés sans méthode, les résultats ne se comparent à rien.
- La limite de quantification figure élément par élément, en mg/kg. Faute de quoi, un « non détecté » n'a pas d'échelle.
- La catégorie de comparaison est nommée : compléments alimentaires, épices ou grille californienne. C'est elle qui fixe le verdict.
Contrôlez aussi l'accréditation. La norme ISO/IEC 17025, présentée sur la page du Cofrac, s'accorde essai par essai, et un laboratoire accrédité pour les cannabinoïdes ne l'est pas forcément pour les métaux. Notre guide sur la portée d'accréditation montre où lire cette information. L'article sur les pesticides applique la même méthode à l'autre famille de contaminants.
Chez Phytogrammes, les fiches des résines et des fleurs affichent une référence de lot et un profil cannabinoïde de référence. Elles ne donnent aucun résultat en métaux, et au 18 octobre 2026 aucun certificat de laboratoire n'y est publié. Pour lire un certificat complet ligne par ligne, voir notre guide comment lire un certificat d'analyse ; la page laboratoire présente les méthodes de mesure.
Questions fréquentes
Il n'existe pas de seuil propre aux fleurs et résines de CBD. Les laboratoires prennent le plus souvent pour référence la ligne « compléments alimentaires » du règlement (UE) 2023/915 : plomb 3,0 mg/kg, cadmium 1,0 mg/kg, mercure 0,10 mg/kg. Pour un produit inhalé, la grille californienne, plus stricte, retient 0,5 mg/kg de plomb.
Oui, mais uniquement des graines, de leurs dérivés et de l'huile de chènevis, et au titre du Δ⁹-THC, calculé comme Δ⁹-THC + 0,877 × Δ⁹-THCA. La fleur et la résine n'ont aucune entrée.
La teneur est trop basse pour que la méthode employée la chiffre. Ce n'est pas un zéro, et comme la limite varie d'un laboratoire à l'autre, mieux vaut la voir écrite à côté du résultat.
Non : elle dose des éléments, métaux et métalloïdes. Les résidus de pesticides sont des molécules organiques, que l'on recherche par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse en tandem. Un certificat complet comporte donc deux blocs, avec deux méthodes et deux séries de limites de quantification.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.