Métaux lourds et CBD : seuils UE et lecture ICP-MS
Le règlement (UE) 2023/915 fixe des teneurs maximales en plomb, cadmium, mercure et arsenic dans les denrées alimentaires. Il ne nomme le chanvre que par ses graines : ni la fleur ni la résine n'y figurent. Sur un certificat, la ligne « métaux » se lit donc par comparaison avec la catégorie la plus proche, et jamais sans sa limite de quantification.

Sommaire
- 011. Réponse courte : quel texte s'applique
- 022. Plomb, cadmium, mercure, arsenic : les valeurs citables
- 033. Pourquoi le chanvre concentre les métaux du sol
- 044. L'ICP-MS, la méthode et sa limite
- 055. Lire la ligne « métaux » d'un certificat
- 066. Ce que publie Phytogrammes, et ce qui n'y figure pas
- 07Questions fréquentes
- 08Sources
Le sujet est mal documenté parce qu'il tombe entre deux régimes. Le chanvre prélève dans le sol des éléments qu'il concentre dans ses tissus, et le seul barème chiffré disponible en Europe vise des denrées alimentaires que les fleurs et résines ne sont pas. Ce guide donne les valeurs du règlement avec leur numéro de section, explique ce que mesure l'ICP-MS et montre comment lire la ligne correspondante sur un certificat d'analyse.
> À retenir > > - Le règlement (UE) 2023/915 du 25 avril 2023 remplace le règlement (CE) n° 1881/2006. > - Les seuls produits de chanvre qu'il cite sont les graines et l'huile de chènevis, à la section 2.6, et pour le Δ⁹-THC, pas pour les métaux. > - Compléments alimentaires : plomb 3,0 mg/kg, cadmium 1,0 mg/kg, mercure 0,10 mg/kg. > - Aucune teneur maximale en arsenic n'est fixée pour les compléments alimentaires. > - Une valeur inférieure à la limite de quantification est comptée comme zéro : sans LQ affichée, un « non détecté » ne veut rien dire.
1. Réponse courte : quel texte s'applique
Le règlement (UE) 2023/915 de la Commission du 25 avril 2023 concerne les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires et abroge le règlement (CE) n° 1881/2006. Sa section 3 s'intitule « Métaux et autres éléments » et couvre le plomb (3.1), le cadmium (3.2), le mercure (3.3), l'arsenic (3.4) puis l'étain inorganique (3.5).
Ce texte ne s'applique pas directement à une fleur ou à une résine de CBD, qui ne sont pas mises sur le marché comme denrées alimentaires en France. Le règlement le confirme en creux : les seules entrées consacrées au chanvre sont les points 2.6.1 à 2.6.3, qui fixent des équivalents de Δ⁹-THC pour le chènevis, les graines transformées et l'huile de chènevis. Aucune ligne ne vise la fleur ni la résine, pour le THC comme pour les métaux.
Un laboratoire qui rend un résultat sur une résine se réfère donc à la catégorie la plus proche du barème, celle des compléments alimentaires, et cette référence est un usage analytique, pas une obligation légale. Notre article sur le seuil de 0,30 % décrit la même mécanique côté cannabinoïdes : la valeur opposable vient d'un texte français, pas du règlement contaminants.
2. Plomb, cadmium, mercure, arsenic : les valeurs citables
| Élément | Catégorie du règlement | Teneur maximale |
|---|---|---|
| Plomb | Céréales (3.1.11) | 0,20 mg/kg |
| Plomb | Épices séchées tirées de fruits (3.1.12.2) | 0,60 mg/kg |
| Plomb | Épices tirées de racines ou de rhizomes (3.1.12.4) | 1,50 mg/kg |
| Plomb | Compléments alimentaires (3.1.28) | 3,0 mg/kg |
| Cadmium | Herbes fraîches (3.2.6.2) | 0,20 mg/kg |
| Cadmium | Compléments alimentaires (3.2.21.1) | 1,0 mg/kg |
| Mercure | Compléments alimentaires (3.3.2) | 0,10 mg/kg |
| Arsenic inorganique | Riz usiné non étuvé (3.4.1.1) | 0,15 mg/kg |
Trois remarques sur ce tableau. D'abord l'écart de facteur quinze entre les céréales et les compléments alimentaires pour le plomb : une teneur maximale n'est pas un seuil de toxicité, elle tient compte des quantités consommées. Ensuite la dispersion interne aux épices séchées, de 0,60 à 2,0 mg/kg selon la partie de plante, qui montre que le barème suit la matrice autant que l'élément.
Enfin l'arsenic. La teneur maximale en arsenic inorganique ne s'applique qu'aux produits énumérés aux points 3.4.1 à 3.4.4, essentiellement le riz et ses dérivés, les préparations pour nourrissons et les jus de fruits ; l'arsenic total n'est plafonné que pour le sel, au point 3.4.5. Aucune valeur n'existe pour les compléments alimentaires. Un certificat qui annonce une conformité arsenic « au règlement européen » sur une résine se réfère donc à une ligne qui n'existe pas.
Les valeurs de référence sanitaires, elles, viennent de l'EFSA et s'expriment en dose par kilogramme de poids corporel : dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg/kg pour le cadmium, dont le rein est l'organe cible retenu ; repère de 0,50 µg/kg par jour pour le plomb, associé à la neurotoxicité développementale. Ces repères servent à l'évaluation du risque alimentaire, pas à juger un lot.
3. Pourquoi le chanvre concentre les métaux du sol
Le chanvre prélève et accumule les éléments présents dans son substrat, ce qui explique son usage documenté en dépollution des sols. Une étude parue dans Frontiers in Plant Science en 2023, menée en culture hydroponique par Marabesi et ses coauteurs, a suivi la répartition du cadmium dans la plante à quatre niveaux d'apport : 0, 2,5, 10 et 25 mg/L.
Le résultat utile ici tient en deux chiffres. La racine concentre de loin le plus : au plus faible apport, sa teneur est environ cent cinquante fois supérieure à celle des feuilles. Mais le tissu floral en accumule aussi, à 66,2 mg/kg dans une expérience et 25,5 mg/kg dans l'autre, pour un apport de 10 mg/L. Les auteurs concluent que la plante peut accumuler du cadmium dans le tissu floral.
Deux limites doivent être dites. Les concentrations utilisées dépassent celles rencontrées sur des sols agricoles, et le dispositif est hydroponique, donc éloigné d'une culture en pleine terre. L'étude n'autorise donc aucune extrapolation chiffrée vers un lot du commerce. Ce qu'elle établit, c'est la voie : l'organe vendu n'est pas hors d'atteinte, ce qui justifie que le contrôle porte sur la fleur analysée et non sur le sol seul. Le catalogue des fleurs de CBD indique pour chaque référence son mode de culture, information de contexte utile mais qui ne remplace pas une mesure.
4. L'ICP-MS, la méthode et sa limite
L'ICP-MS, spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif, sépare les éléments selon le rapport masse sur charge après passage de l'échantillon dans un plasma d'argon. La norme européenne EN 15763 décrit précisément cet emploi : dosage de l'arsenic, du cadmium, du mercure et du plomb dans les produits alimentaires par ICP-MS après minéralisation sous pression. Cette dernière étape compte autant que la mesure : la matière végétale est mise en solution acide à chaud et sous pression avant d'être injectée.
Pour les contrôles officiels, les modes de prélèvement et les méthodes d'analyse relèvent du règlement (CE) n° 333/2007, qui vise le plomb, le cadmium, le mercure, l'étain inorganique, le 3-MCPD et le benzo(a)pyrène. Un certificat sérieux nomme donc trois choses : la méthode, la norme suivie et le laboratoire.
La limite de quantification, ou LQ, est la plus petite teneur que la méthode sait chiffrer avec la fidélité requise. Elle n'est pas une propriété de l'élément mais du couple méthode plus matrice, et elle change d'un laboratoire à l'autre. Le règlement 2023/915 en tire lui-même la conséquence à sa section 2.6 : les teneurs se rapportent aux concentrations basses, calculées en supposant que toute valeur inférieure à la limite de quantification est égale à zéro. Un résultat rendu « < LQ » signifie donc « sous le seuil chiffrable de ce laboratoire », jamais « absent ».
5. Lire la ligne « métaux » d'un certificat
Quatre vérifications suffisent, dans cet ordre.
- Le lot. Le numéro porté sur le certificat doit être celui du sachet. Un document sans lot ne documente rien.
- La méthode. ICP-MS pour les métaux, avec la norme citée. Un certificat qui annonce des métaux sans nommer de méthode ne permet aucune comparaison.
- La limite de quantification. Elle doit figurer élément par élément, à côté du résultat. Sans elle, un « non détecté » est invérifiable.
- Le référentiel. La catégorie à laquelle la valeur est comparée doit être nommée, avec son numéro de section. C'est la seule façon de savoir si le laboratoire s'est aligné sur les compléments alimentaires, sur les épices séchées ou sur rien du tout.
Le même raisonnement vaut pour la portée d'accréditation du laboratoire : une accréditation à la norme ISO/IEC 17025 couvre des essais nommés, pas l'établissement en bloc. Un laboratoire accrédité pour les cannabinoïdes ne l'est pas nécessairement pour les métaux, point que détaille notre guide sur la portée d'accréditation.
6. Ce que publie Phytogrammes, et ce qui n'y figure pas
La page notre laboratoire décrit le parcours d'un lot : échantillon envoyé dans un laboratoire indépendant accrédité selon la norme ISO/IEC 17025, cannabinoïdes et terpènes quantifiés par chromatographie liquide haute performance, seuil de 0,30 % de Δ⁹-THC contrôlé avant la mise en ligne, certificat publié lot par lot. La méthode décrite porte sur les cannabinoïdes et les terpènes.
Le bloc contaminants, quand il existe, se lit sur le certificat lui-même, accessible depuis la page du lot : les fiches produit reportent la teneur en cannabinoïdes et le profil terpénique, pas les métaux. La lecture ligne à ligne d'un certificat est détaillée dans notre guide comment lire un certificat d'analyse ; les questions de commande sont regroupées dans la foire aux questions.
Questions fréquentes
Quels seuils en métaux lourds s'appliquent au CBD en France ?
Aucun seuil propre aux fleurs et résines de CBD n'existe. Le règlement (UE) 2023/915 fixe des teneurs maximales pour des denrées alimentaires, dont les compléments alimentaires : plomb 3,0 mg/kg au point 3.1.28, cadmium 1,0 mg/kg au point 3.2.21.1, mercure 0,10 mg/kg au point 3.3.2. Ces valeurs servent de référence par comparaison, faute de catégorie dédiée.
Le règlement (UE) 2023/915 parle-t-il du chanvre ?
Oui, mais seulement de ses graines et pour le Δ⁹-THC. Les points 2.6.1 à 2.6.3 fixent des équivalents de Δ⁹-THC pour le chènevis, les graines transformées et l'huile de chènevis, la somme étant calculée avec un facteur de 0,877 appliqué à l'acide Δ⁹-tétrahydrocannabinolique. Aucune entrée ne concerne la fleur ni la résine.
Que signifie une valeur « inférieure à la LQ » sur un certificat ?
Que la teneur est trop basse pour être chiffrée par la méthode employée, pas qu'elle est nulle. La limite de quantification dépend de la méthode et de la matrice analysée, donc du laboratoire. Le règlement 2023/915 traduit cette convention en comptant comme zéro toute valeur inférieure à cette limite pour le calcul des concentrations basses.
L'ICP-MS mesure-t-elle aussi les pesticides ?
Non. L'ICP-MS quantifie des éléments, donc des métaux et métalloïdes. Les résidus de pesticides sont des molécules organiques, recherchées par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem. Un certificat complet porte les deux blocs, avec deux méthodes distinctes et deux séries de limites de quantification.
Sources
- EUR-Lex, règlement (UE) 2023/915 du 25 avril 2023, version consolidée (consulté le 16 septembre 2026)
- EUR-Lex, règlement (CE) n° 333/2007, prélèvement et méthodes d'analyse pour les métaux
- Commission européenne, échantillonnage et analyse des contaminants
- EFSA, les métaux comme contaminants alimentaires
- EFSA, dose hebdomadaire tolérable pour le cadmium
- Marabesi et coll., cadmium et transporteurs chez Cannabis sativa L., Frontiers in Plant Science, 2023
- Cofrac, normes et référentiels d'accréditation
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.