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UR-144

Cannabinoïde de synthèse à unité tétraméthylcyclopropane, dont la combustion engendre un dégradant plus actif que lui.

Niveau de détail

Avertissement réduction des risques

Aucune dose humaine caractérisée : données animales / in vitro uniquement. Profil d'effet, marge de sécurité et toxicité aiguë non documentés en clinique humaine. Composé extrêmement puissant : effets sévères, convulsions, décès rapportés dans la littérature.

C₂₁H₂₉NO

CAS 1199943-44-6

Famille
Agoniste synthétique des récepteurs CBNouvelle substance psychoactive
Masse molaire
311,50 g/mol

Mis à jour le

En clair

L'UR-144 est un cannabinoïde de synthèse conçu par un laboratoire pharmaceutique, puis détourné vers les mélanges à fumer vendus comme substituts au cannabis. Il n'existe ni dans le chanvre ni dans les produits au cannabidiol. Sa particularité est dangereuse : la chaleur d'une cigarette le transforme en partie en une autre molécule, nettement plus active sur le cerveau que celle de départ. Il est classé comme stupéfiant en France et sous contrôle international.

Récepteurs et activité

Réseau des cibles

CB1AgonisteKi = 150 nM · humaindéplacement du [3H]CP-55,940, récepteur CB1 humain recombinant
  • Active

Plus la valeur citée est faible, plus la cible est proche de UR-144 : un anneau tous les facteurs 100. Une cible sans valeur chiffrée reste sur le bord.

Où vivent ces cibles

Où chaque cible a été trouvée chez l’humain, d’après les études citées. La carte montre la cible, pas un effet de UR-144.

Cerveau, coupe de profil
Corps, de face
Sang

CB1CB1 trouvé dans 7 régions du corps

  1. Ganglions de la basedenseTrès dense dans les ganglions de la base1
  2. CerveletdenseTrès dense dans le cervelet1
  3. HippocampedenseConcentrations très élevées dans l’hippocampe2
  4. AmygdaledenseConcentrations élevées dans l’amygdale2
  5. CortexprésentPrésent dans tout le néocortex2
  6. Tissu adipeuxprésentExprimé dans le tissu adipeux3
  7. IntestinprésentÉpithélium, muscle lisse et plexus du côlon4

Valeurs citées

  1. CB1AgonisteKi = 150 nM · humain47 sur 100

    Frost et al. 2010, J Med Chem (valeurs reprises par l'OMS 2017) (nouvel onglet) · déplacement du [3H]CP-55,940, récepteur CB1 humain recombinant

  2. CB2AgonisteKi = 1,8 nM · humain79 sur 100

    Frost et al. 2010, J Med Chem (valeurs reprises par l'OMS 2017) (nouvel onglet) · déplacement du [3H]CP-55,940, récepteur CB2 humain recombinant

La longueur de la barre suit la valeur mesurée (Ki, Kd, CE50 ou CI50), sur une même échelle pour toutes les fiches, de 100 µM à 0,1 nM. Une cible sans valeur citée n'a pas de barre.

Pharmacologie

L'UR-144 appartient à la deuxième génération des agonistes synthétiques des récepteurs cannabinoïdes, celle des cétones d'indole à unité tétraméthylcyclopropane qui a succédé aux naphtoylindoles de la série JWH après leur interdiction. Née d'un programme d'Abbott Laboratories visant des agonistes sélectifs de CB2, la molécule s'est révélée bien moins sélective qu'annoncé : la préférence pour CB2 tombe d'un facteur quatre-vingt-trois à un facteur six selon les conditions d'essai, et l'affinité pour CB1, de l'ordre de 29 nM, égale ou dépasse celle du tétrahydrocannabinol. Chez l'animal, elle se substitue complètement au tétrahydrocannabinol dans les épreuves de discrimination, ce qui la range parmi les agonistes centraux. Le point le plus important pour l'usager tient à la chaleur : l'unité tétraméthylcyclopropane s'ouvre à la température de combustion et donne un produit de dégradation dont l'activité agoniste sur le récepteur humain CB1 est environ quatre fois supérieure à celle de la molécule mère. Ce qui est fumé n'est donc pas ce qui a été pulvérisé, et la dose reçue devient impossible à estimer. Les effets rapportés chez l'être humain proviennent de séries de cas et non d'études contrôlées : une revue de trente-neuf dossiers polonais de 2012 à 2015, dont vingt-six où la substance était seule détectée, retient surtout un discours ralenti et des pupilles dilatées, avec incoordination, démarche instable et difficulté à tenir debout. Des atteintes rénales aiguës ont été décrites en association avec d'autres agonistes de synthèse. Aucune étude contrôlée n'a été publiée chez l'être humain : les données humaines manquent, sur les doses comme sur la tolérance et la dépendance.

Sources clés.

Histoire

Provenance
Molécule entièrement synthétique, absente du cannabis comme de tout organisme vivant. Elle n'a aucun rapport avec le chanvre ni avec les produits au cannabidiol. Elle est surtout fumée, mélangée à du tabac ou à des herbes ; elle peut aussi être vaporisée, inhalée ou ingérée (rapport OMS 2017). Elle comptait parmi les cannabinoïdes de synthèse les plus fréquemment saisis en 2015.
Première description
La molécule est issue d'un programme pharmaceutique : Abbott Laboratories a breveté en 2006 une série d'analogues sélectifs pour le récepteur CB2, et le travail de Frost et de ses collègues (Journal of Medicinal Chemistry, 2010) évalue une série de soixante-dix ligands indoliques dont l'UR-144, avec une sélectivité de liaison pour CB2 de quatre-vingt-trois fois. Son détournement vers le marché des mélanges à fumer date de 2012 : des produits saisis dès le début de 2012 la contenaient (Adamowicz 2017), comme substitut aux naphtoylindoles alors interdits. Le comité d'experts de la pharmacodépendance de l'OMS l'a examinée une première fois en 2014, en recommandant une simple surveillance faute de données sur des intoxications dues à la seule substance, puis à nouveau en novembre 2017 (39e réunion), concluant que les données la rendaient comparable aux cannabinoïdes de synthèse du tableau II de la Convention de 1971.

Origine

Synthèse en laboratoire

Aucune voie biosynthétique connue : la molécule ne se forme dans aucun organisme vivant. Elle provient d'une synthèse organique, décrite ici par sa seule classe chimique, celle des indol-3-yl tétraméthylcyclopropylcétones.

Classement

Famille, origine et vérification des sources

Famille

Agoniste synthétique des récepteurs CB › Nouvelle substance psychoactive

Classe

tetramethylcyclopropylketone

Vérification

Classement, sources et valeurs de liaison vérifiés le 20 octobre 2026 ; texte relu contre ses sources et Wikipédia.

Wikipédia (anglais)

UR-144 (nouvel onglet)

Article apparié par la structure de la molécule (InChIKey), révision lue le 19 octobre 2026. Lu comme second avis, jamais cité comme source.

Classification structurelle

Agoniste synthétique des récepteurs cannabinoïdes de la famille des cétones d'indole à unité tétraméthylcyclopropane, souvent classée avec les aminoalkylindoles. Un noyau indole porte en position 3 un pont cétone relié non pas à un naphtalène, comme dans la série JWH, mais à un cyclopropane portant quatre méthyles ; l'azote indolique porte une chaîne pentyle. Ce groupe tétraméthylcyclopropane est l'élément qui définit la sous-famille et qui explique sa fragilité thermique, le cycle à trois carbones s'ouvrant à la chaleur pour donner un dérivé à double liaison.

Pharmacocinétique

Aucune donnée systématique d'absorption, de distribution, de métabolisme et d'élimination n'existe chez l'être humain, comme le rappelle l'examen critique de l'Organisation mondiale de la santé de 2017. Les seules informations disponibles concernent la biotransformation. Chez la souris traitée, la molécule est largement métabolisée et excrétée dans l'urine principalement sous forme de conjugués glucuronides. Les concentrations sanguines relevées chez l'être humain dans les dossiers cliniques et médicolégaux sont basses, de l'ordre de quelques nanogrammes par millilitre : 6 ng/mL chez un patient présentant une atteinte rénale aiguë, 0,24 ng/mL dans le sérum d'un adolescent de dix-sept ans admis aux urgences (avec du MAM-2201), jusqu'à 17 ng/mL dans une revue de 39 dossiers polonais. Aucune demi-vie, aucune biodisponibilité et aucun volume de distribution ne sont établis.

Métabolisme

Les dérivés monohydroxylés semblent être les métabolites les plus abondants, tant in vitro que chez l'animal. L'étude sur enzymes recombinantes et microsomes hépatiques humains couvrant neuf isoformes du cytochrome P450 montre que la biotransformation est portée très majoritairement par le CYP3A4, qui attaque l'unité tétraméthylcyclopropane, avec des contributions mineures du CYP1A2 et du CYP2C19 (Nielsen 2016) ; l'inhibition du CYP3A4 atténue le métabolisme. Chez la souris, l'excrétion urinaire se fait surtout sous forme de conjugués glucuronides. Un travail conduit sur le champignon Cunninghamella elegans, utilisé comme modèle du métabolisme des mammifères, a mis en évidence une gamme plus large de transformations : hydroxylations multiples, formation d'aldéhyde et de cétone, oxydation en acide carboxylique et perte de la chaîne portée par l'azote.

Toxicologie et risques

Aucune étude toxicologique réglementaire n'a été conduite. Les données humaines se limitent à des séries de cas. La plus documentée porte sur trente-neuf dossiers polonais entre 2012 et 2015, dont vingt-six où la molécule était la seule substance détectée, avec des concentrations sanguines de quelques traces à 17 ng/mL : les signes les plus constants sont un discours ralenti et une mydriase, associés à une incoordination motrice, une démarche instable, une difficulté à tenir debout et une réaction pupillaire anormale. Un homme de vingt-six ans ayant fumé pendant environ un an un produit contenant 61 mg par gramme de cette molécule et 69 mg par gramme de son analogue fluoré a présenté douleurs abdominales, nausées, vomissements et une atteinte rénale aiguë sans étiologie identifiée, résolutive en vingt-trois jours ; le rôle respectif des deux substances n'a pas pu être établi. Un décès a été rapporté chez un homme de trente-six ans effondré après avoir fumé, avec crises convulsives, et dont le sang fémoral contenait cinq agonistes de synthèse dont celui-ci à 6 ng/mL, ainsi que de l'amphétamine (250 ng/mL), cette dernière association étant jugée cause probable du décès. Un produit contenant cette molécule et quatre autres agonistes a été associé à plus de deux cents hospitalisations et à un décès, sans qu'elle en soit la cause unique. Le rapport de l'OMS cite par ailleurs, pour les cannabinoïdes de synthèse en général, les effets décrits par les CDC : convulsions, agitation, tachycardie, atteintes rénales aiguës, hypokaliémie, tolérance, sevrage et dépendance. Le risque en usage réel tient à l'impossibilité de connaître la dose reçue, aggravée ici par la conversion thermique en un dégradant plus puissant.

Détection et analyse

Un étalon forensique de l'UR-144 est disponible ; la molécule peut être identifiée par résonance magnétique nucléaire, chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse ou spectroscopie infrarouge, et une méthode par spectroscopie infrarouge à réflexion totale atténuée a été développée en 2017. Un immunoessai commercial ciblant l'UR-144 dans l'urine et un immunoessai ciblant plusieurs cannabinoïdes de synthèse apparentés existent, sans que les réactions croisées soient établies (rapport OMS). La confirmation repose sur la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem, en sang sur la molécule mère à des concentrations de l'ordre du nanogramme par millilitre. Dans des cas de conduite sous influence, le dégradant thermique (forme pyrolysée) a été retrouvé dans le sang à côté de la molécule mère ; il doit donc être recherché aussi, faute de quoi une exposition réelle peut être sous-estimée.

Références

  1. OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 39e réunion (Genève, 6-10 novembre 2017) : UR-144, Critical Review Report, point 4.11 (nouvel onglet)
  2. Frost et coll., Journal of Medicinal Chemistry, 2010 : indol-3-ylcycloalkylcétones, variations de la chaîne latérale en N1 et activité sur le récepteur CB2 (série d'Abbott) (nouvel onglet)PMID 19921781
  3. Wiley et coll., Neuropharmacology, 2013 : effets de type Δ9-THC des indoles tétraméthylcyclopropylcétones (UR-144, XLR-11) (nouvel onglet)PMID 23916483
  4. Kaizaki-Mitsumoto et coll., Journal of Toxicological Sciences, 2017 : la pyrolyse de l'UR-144 augmente l'affinité pour le récepteur CB1 humain et les effets cannabimimétiques chez la souris (nouvel onglet)PMID 28496039
  5. Thomas et coll., Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 2017 : dégradation thermolytique des cannabinoïdes de synthèse, expositions chimiques et conséquences pharmacologiques (nouvel onglet)PMID 28087785
  6. Nielsen et coll., Drug Testing and Analysis, 2016 : métabolisme de l'UR-144 et du XLR-11 médié par les cytochromes P450 (nouvel onglet)PMID 26360322
  7. Adamowicz et coll., Forensic Science International, 2017 : effets de l'UR-144 sur l'organisme humain, revue de 39 cas (nouvel onglet)PMID 28283378
  8. ANSM, Liste consolidée des substances classées comme stupéfiants, mise à jour du 16 février 2026 : UR-144 (annexe III, arrêté du 14 octobre 2019) ; 5Cl-UR-144 et famille des indol-3-yl méthanones (annexe IV) (nouvel onglet)
  9. OICS, Liste verte des substances psychotropes sous contrôle international, 35e édition, 2024 : tableau II, entrée PU 001 (UR-144) (nouvel onglet)
  10. CND blog, 61e session (14 mars 2018), point 5 : l'UR-144 inscrit au tableau II de la Convention de 1971 par 48 voix pour, aucune contre ni abstention (nouvel onglet)
  11. PubChem, Compound Summary CID 44626619, UR-144 (nouvel onglet)

Identifiants

Nomenclature

Nom IUPAC
(1-pentylindol-3-yl)-(2,2,3,3-tetramethylcyclopropyl)methanone
Autres noms
UR 144 · TMCP-018 · KM-X1

Identifiants

Formule
C₂₁H₂₉NO
CAS
1199943-44-6
InChIKey
NBMMIBNZVQFQEO-UHFFFAOYSA-N
SMILES
CCCCCN1C=C(C2=CC=CC=C21)C(=O)C3C(C3(C)C)(C)C

Fiche machine-lisible (JSON)

Format d'ingestion LLM : superset structuré de la fiche (identifiants, liaison, statut légal versionné). Corpus complet.

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