Cannabinoïde semi-synthétique
Stupéfiant : nommément listéΔ7-THC
Δ7-tétrahydrocannabinol
(6aR,9S,10aR)-6,6,9-trimethyl-3-pentyl-6a,9,10,10a-tetrahydrobenzo[c]chromen-1-ol
Alias.delta-7-THC · delta-7-tetrahydrocannabinol · Δ7-tetrahydrocannabinol · Δ5-THC · delta-5-tétrahydrocannabinol · (6aR,9S,10aR)-Δ7-THC · 6a,9,10,10a-tétrahydro-6,6,9-triméthyl-3-pentyl-6H-dibenzo[b,d]pyran-1-ol
Isomère de position du THC, actif sur CB1 selon l'épimère ; aucune donnée humaine.
Niveau de détail
Avertissement réduction des risques
Aucune dose humaine caractérisée : données animales / in vitro uniquement. Profil d'effet, marge de sécurité et toxicité aiguë non documentés en clinique humaine. Composé extrêmement puissant : effets sévères, convulsions, décès rapportés dans la littérature.
Identifiants
- Formule
- C₂₁H₃₀O₂
- Masse molaire
- 314.50 g·mol⁻¹
- CAS
- 162678-94-6
- PubChem CID
- 10313569
- Première description
- Préparé pour la première fois en 1973 par Raphael Mechoulam, Zvi Ben-Zvi, H. Varconi et Y. Samuelov, qui l'obtiennent par réarrangement d'un cannabinoïde de type THC et le publient dans Tetrahedron sous la dénomination Δ5-THC. La molécule passe ensuite longtemps pour inactive : Binder, Edery et Porath la présentent en 1979 comme un cannabinoïde non psychotrope, et les travaux de modélisation moléculaire de Patricia Reggio la rangent encore en 1989 parmi les composés inactifs. Le verdict est corrigé en 1995 par John W. Huffman, Reggio, Billy R. Martin et leurs collègues, qui préparent séparément les deux épimères en C9 à partir de l'éther méthylique du Δ8-THC : la modélisation prédisait un épimère actif et un épimère faible, prédiction que la pharmacologie in vitro comme in vivo a confirmée.
- Origine
- Molécule sans origine végétale : le Δ7-THC n'a jamais été identifié dans le chanvre et aucune enzyme connue ne le produit. Il existe d'un côté comme composé de laboratoire, obtenu par transformation chimique d'autres cannabinoïdes de type THC, de l'autre comme sous-produit minoritaire de la cyclisation acide du cannabidiol, la réaction employée dans l'industrie pour fabriquer le Δ8-THC. Les analyses de produits au Δ8-THC issus de cette voie le retrouvent parmi les contaminants, aux côtés du Δ10-THC, de l'exo-THC et de divers iso-THC. À la différence du Δ8-THC ou de l'HHC, il ne fait l'objet d'aucune commercialisation documentée comme produit récréatif : une revue de 2024 consacrée aux THC de synthèse l'a expressément écarté de son inventaire, faute d'usage rapporté.
- InChIKey
- WWYMYGIVLCKTBL-DJIMGWMZSA-N
En clair
Le Δ7-THC est un cousin chimique du THC : même formule brute, double liaison placée ailleurs sur le squelette. Le chanvre n'en produit pas ; il naît en laboratoire, ou par accident quand du cannabidiol est transformé en Δ8-THC. Selon la façon dont la molécule est construite, elle est presque aussi active que le THC chez l'animal ou pratiquement inerte, et personne ne l'a jamais reçue dans un essai clinique.
Récepteurs et activité
- CB1Agoniste partiel
- CB2Modulateur
- Agoniste
- Agoniste partiel
- Antagoniste
- Modulateur
- Agoniste inverse
Survolez une ligne pour la valeur précise (Ki, EC50…)
Signature subjective
Survolez un axe pour lire la définition.
- Apaisement8
- Clarté5
- Sommeil8
- Appétit7
- High10
Estimation éditoriale, non clinique.
Pharmacologie
Le Δ7-THC partage le squelette benzo[c]chromène du Δ9-THC, avec la double liaison déplacée entre les carbones 7 et 8 et un centre asymétrique supplémentaire en C9, qui engendre deux épimères aux comportements opposés. Longtemps tenu pour un cannabinoïde non psychotrope, il a été réévalué en 1995 : la préparation séparée des deux épimères a montré que celui dont le méthyle en C9 est quasi équatorial, de configuration 9S, agit comme un agoniste partiel du CB1 à peine moins actif que le Δ9-THC in vitro et chez la souris, tandis que l'épimère 9R reste très faiblement actif. Des essais de recrutement de la bêta-arrestine 2 ont retrouvé en 2024 cette dépendance à la stéréochimie. Au-delà de ce constat, la documentation s'arrête : rien n'est publié sur le CB2, TRPV1, GPR55, PPARγ ou 5-HT1A, aucune étude de discrimination ni d'évaluation détaillée de la toxicité n'existe, et les données humaines manquent entièrement, l'OMS relevant que seuls le Δ8-THC et le Δ6a,10a-THC ont été administrés à des volontaires parmi les six isomères inscrits au Tableau I de la convention de 1971.
Sources clés.
- OMS, Expert Committee on Drug Dependence. Isomers of THC : Critical Review Report, 41e réunion, 2018 (sections Chimie, Pharmacologie et Toxicologie consacrées au Δ7-THC)
- Huffman JW, Banner WK, Zoorob GK, Joyner HH, Reggio PH, Martin BR, Compton DR. Stereoselective synthesis of the epimeric Δ7-tetrahydrocannabinols. Tetrahedron, 1995, 51(4), 1017-1032DOI 10.1016/0040-4020(94)00995-7
- Mechoulam R, Ben-Zvi Z, Varconi H, Samuelov Y. Cannabinoid rearrangements : synthesis of Δ5-tetrahydrocannabinol. Tetrahedron, 1973, 29(11), 1615-1619DOI 10.1016/S0040-4020(01)83406-2
- Reggio PH, Greer KV, Cox SM. The importance of the orientation of the C9 substituent to cannabinoid activity. Journal of Medicinal Chemistry, 1989, 32(7), 1630-1635PMID 2738895
- Janssens LK, Van Uytfanghe K, Williams JB, Hering KW, Iula DM, Stove CP. Investigation of the intrinsic cannabinoid activity of hemp-derived and semisynthetic cannabinoids with β-arrestin2 recruitment assays. Archives of Toxicology, 2024, 98(8), 2619-2630PMID 38735004
- Shuda SA, Folger JF, Spargo E, Logan BK. Development and validation of a quantitative method for the analysis of delta-9-THC, delta-8-THC, THCA and CBD by GC/MS. Journal of Forensic Sciences, 2024, 69(5), 1718-1729 (interférence du 9(R)-Δ7-THC)PMID 38939982
- Caprari C, Ferri E, Vandelli MA, Citti C, Cannazza G. An emerging trend in Novel Psychoactive Substances (NPSs) : designer THC. Journal of Cannabis Research, 2024, 6(1), 21PMID 38702834
- Geci M, Scialdone M, Tishler J. The Dark Side of Cannabidiol : the unanticipated social and clinical implications of synthetic Δ8-THC. Cannabis and Cannabinoid Research, 2023, 8(2), 270-282PMID 36264171
- Kiselak TD, Koerber R, Verbeck GF. Synthetic route sourcing of illicit at home cannabidiol (CBD) isomerization to psychoactive cannabinoids using ion mobility-coupled-LC-MS/MS. Forensic Science International, 2020, 308, 110173DOI 10.1016/j.forsciint.2020.110173
- Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), Green List : liste des substances psychotropes sous contrôle international, 2025, code PT 002 (tétrahydrocannabinol, isomères et variantes stéréochimiques, Tableau I de la convention de 1971)
- Légifrance, annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants (clause générique « Tétrahydrocannabinols, leurs esters, éthers, sels ainsi que les sels des dérivés précités »)
- PubChem, compound CID 10313569 : Δ7-tetrahydrocannabinol
Voie d'obtention (procédé chimique)
Aucune voie enzymatique connue : le chanvre ne fabrique pas cet isomère, qui relève exclusivement de la chimie de synthèse. Deux familles de transformations le produisent, décrites ici par classe seulement : le déplacement de la double liaison d'un cannabinoïde de type THC, voie historique de 1973, et l'hydroboration puis la déshydratation d'un éther méthylique du Δ8-THC, voie stéréosélective de 1995 qui donne séparément chacun des deux épimères en C9. Il se forme en outre de façon fortuite lors de la cyclisation acide du cannabidiol, aux côtés du Δ8-THC recherché.
Cadre légal
France
En France, le Δ7-THC n'est inscrit nommément sur aucune liste de l'ANSM. Il relève de la clause générique de l'annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990, qui classe comme stupéfiants les « Tétrahydrocannabinols, leurs esters, éthers, sels ainsi que les sels des dérivés précités » : étant un tétrahydrocannabinol, il tombe sous cette entrée de famille et non sous une inscription individuelle. Production, détention, cession et usage sont donc interdits, et un produit de consommation qui en contient est illicite quelle que soit sa teneur en cannabidiol par ailleurs. La question se pose surtout pour les extraits obtenus par conversion acide du cannabidiol, où la molécule peut être présente sans figurer sur l'étiquette.
Union européenne
Sur le plan international, le Δ7-THC est nommément inscrit au Tableau I de la convention de 1971 sur les substances psychotropes, parmi les six isomères du tétrahydrocannabinol énumérés sous le code PT 002 de la liste verte de l'Organe international de contrôle des stupéfiants, sous la dénomination (6aR,9R,10aR)-6a,9,10,10a-tétrahydro-6,6,9-triméthyl-3-pentyl-6H-dibenzo[b,d]pyran-1-ol ; la liste précise que les isomères et leurs variantes stéréochimiques sont également visés, ce qui couvre l'épimère 9S. L'Union européenne ne tient pas de liste unique de stupéfiants : chaque État membre transpose la convention dans son droit national, le plus souvent par une entrée générique visant les tétrahydrocannabinols, et aucune mesure de contrôle propre à l'Union ne cible cet isomère en particulier. En pratique, l'inscription onusienne aboutit à un statut de stupéfiant dans la plupart des États membres.
Sources : EUR-Lex, UNODC, CND, ANSM, IUPHAR/BPS, ChEBI, EUDA.
Classification structurelle
- Classe
- Cannabinoïde semi-synthétique
- Origine
- Molécule sans origine végétale : le Δ7-THC n'a jamais été identifié dans le chanvre et aucune enzyme connue ne le produit. Il existe d'un côté comme composé de laboratoire, obtenu par transformation chimique d'autres cannabinoïdes de type THC, de l'autre comme sous-produit minoritaire de la cyclisation acide du cannabidiol, la réaction employée dans l'industrie pour fabriquer le Δ8-THC. Les analyses de produits au Δ8-THC issus de cette voie le retrouvent parmi les contaminants, aux côtés du Δ10-THC, de l'exo-THC et de divers iso-THC. À la différence du Δ8-THC ou de l'HHC, il ne fait l'objet d'aucune commercialisation documentée comme produit récréatif : une revue de 2024 consacrée aux THC de synthèse l'a expressément écarté de son inventaire, faute d'usage rapporté.
- Statut
- Stupéfiant : nommément listé
Cannabinoïde de type THC : squelette benzo[c]chromène, encore noté dibenzo[b,d]pyrane, chaîne latérale pentyle en position 3, double liaison portée entre les carbones 7 et 8 du cycle terpénique là où le Δ9-THC la porte entre 9 et 10. Trois carbones asymétriques, en C6a, C9 et C10a, autorisent huit stéréoisomères ; la littérature ne décrit que les deux épimères en C9 de la série 6aR,10aR, dont celui retenu ici, de configuration 9S, qui porte son méthyle en position quasi équatoriale. L'ancienne numérotation monoterpénique désigne la même molécule sous le nom de Δ5-THC.
Pharmacocinétique
Aucune étude de pharmacocinétique humaine n'existe : le Δ7-THC n'a jamais été administré à des volontaires, le comité d'experts de l'OMS ne recensant que le Δ8-THC et le Δ6a,10a-THC parmi les isomères du tétrahydrocannabinol testés chez l'humain. Le seul raisonnement disponible est celui de la classe : comme les autres tétrahydrocannabinols, la molécule est très lipophile, donc absorbée et distribuée vers le cerveau par voie orale, inhalée ou parentérale, avec un premier métabolisme hépatique assuré par les cytochromes P450. Demi-vie, biodisponibilité et volume de distribution restent inconnus.
Métabolisme
Aucun profil métabolique propre au Δ7-THC n'a été établi, ni chez l'humain, ni sur modèle hépatique in vitro. Les tétrahydrocannabinols subissent classiquement une hydroxylation catalysée par les cytochromes P450, puis une oxydation en dérivé carboxylé et une glucuronoconjugaison, mais la position de la double liaison gouverne le site d'attaque et rend l'extrapolation incertaine pour cet isomère. La littérature ancienne consacrée à des métabolites dits « Δ7 » relève d'une numérotation monoterpénique différente et ne renseigne pas cette molécule.
Toxicologie et risques
Le profil toxicologique n'est pas établi. Le rapport de l'OMS de 2018 range le Δ7-THC parmi les isomères dont la toxicité n'a fait l'objet d'aucune évaluation détaillée, et note qu'il ne paraît pas actif dans les modèles animaux, appréciation antérieure à la distinction des deux épimères. Aucun volontaire n'a reçu la molécule pure, et aucune série de cas ni signalement de centre antipoison ne lui est attribuable. Le risque réel se situe ailleurs : le Δ7-THC circule comme impureté non caractérisée dans les produits au Δ8-THC issus de la conversion du cannabidiol, aux côtés d'autres isomères, de résidus de réaction, de solvants et de métaux relevés dans ces préparations, dont la composition n'est ni déclarée ni contrôlée.
Détection et analyse
Point documenté en criminalistique : le 9(R)-Δ7-THC interfère avec la quantification du Δ9-THC en chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse. Une équipe américaine l'a identifié comme la seule interférence notable lors de la validation d'une méthode destinée à trancher le seuil réglementaire qui sépare le chanvre du cannabis, les deux composés restant distinguables par leur spectre de masse. La conséquence pratique est directe : une teneur en Δ9-THC peut être surestimée si cet isomère n'est pas résolu. Le Δ7-THC figure par ailleurs parmi les contaminants relevés par mobilité ionique couplée à la chromatographie liquide et à la spectrométrie de masse pour remonter à la voie de synthèse d'un produit issu de l'isomérisation du cannabidiol. Aucune méthode de dépistage en matrice biologique ne lui est dédiée.
Références
- 1.OMS, Expert Committee on Drug Dependence. Isomers of THC : Critical Review Report, 41e réunion, 2018 (sections Chimie, Pharmacologie et Toxicologie consacrées au Δ7-THC)
- 2.Huffman JW, Banner WK, Zoorob GK, Joyner HH, Reggio PH, Martin BR, Compton DR. Stereoselective synthesis of the epimeric Δ7-tetrahydrocannabinols. Tetrahedron, 1995, 51(4), 1017-1032DOI 10.1016/0040-4020(94)00995-7
- 3.Mechoulam R, Ben-Zvi Z, Varconi H, Samuelov Y. Cannabinoid rearrangements : synthesis of Δ5-tetrahydrocannabinol. Tetrahedron, 1973, 29(11), 1615-1619DOI 10.1016/S0040-4020(01)83406-2
- 4.Reggio PH, Greer KV, Cox SM. The importance of the orientation of the C9 substituent to cannabinoid activity. Journal of Medicinal Chemistry, 1989, 32(7), 1630-1635PMID 2738895
- 5.Janssens LK, Van Uytfanghe K, Williams JB, Hering KW, Iula DM, Stove CP. Investigation of the intrinsic cannabinoid activity of hemp-derived and semisynthetic cannabinoids with β-arrestin2 recruitment assays. Archives of Toxicology, 2024, 98(8), 2619-2630PMID 38735004
- 6.Shuda SA, Folger JF, Spargo E, Logan BK. Development and validation of a quantitative method for the analysis of delta-9-THC, delta-8-THC, THCA and CBD by GC/MS. Journal of Forensic Sciences, 2024, 69(5), 1718-1729 (interférence du 9(R)-Δ7-THC)PMID 38939982
- 7.Caprari C, Ferri E, Vandelli MA, Citti C, Cannazza G. An emerging trend in Novel Psychoactive Substances (NPSs) : designer THC. Journal of Cannabis Research, 2024, 6(1), 21PMID 38702834
- 8.Geci M, Scialdone M, Tishler J. The Dark Side of Cannabidiol : the unanticipated social and clinical implications of synthetic Δ8-THC. Cannabis and Cannabinoid Research, 2023, 8(2), 270-282PMID 36264171
- 9.Kiselak TD, Koerber R, Verbeck GF. Synthetic route sourcing of illicit at home cannabidiol (CBD) isomerization to psychoactive cannabinoids using ion mobility-coupled-LC-MS/MS. Forensic Science International, 2020, 308, 110173DOI 10.1016/j.forsciint.2020.110173
- 10.Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), Green List : liste des substances psychotropes sous contrôle international, 2025, code PT 002 (tétrahydrocannabinol, isomères et variantes stéréochimiques, Tableau I de la convention de 1971)
- 11.Légifrance, annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants (clause générique « Tétrahydrocannabinols, leurs esters, éthers, sels ainsi que les sels des dérivés précités »)
- 12.PubChem, compound CID 10313569 : Δ7-tetrahydrocannabinol
Données structurées
- InChIKey
- WWYMYGIVLCKTBL-DJIMGWMZSA-N
- Formule
- C21H30O2
- Masse molaire
- 314.50 g·mol⁻¹
- CAS
- 162678-94-6
- PubChem CID
- 10313569
Format d’ingestion LLM : superset structuré de la fiche (identifiants, liaison, statut légal versionné). Corpus complet.
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