Phytocannabinoïde mineur
Stupéfiant : clause génériqueΔ9-cis-THC
(-)-Δ9-cis-tétrahydrocannabinol
(6aS,10aR)-6,6,9-trimethyl-3-pentyl-6a,7,8,10a-tetrahydrobenzo[c]chromen-1-ol
Alias.(-)-delta-9-cis-tetrahydrocannabinol · cis-THC · Δ9-cis-THC · (6aS,10aR)-Δ9-tétrahydrocannabinol · (6aS,10aR)-6,6,9-trimethyl-3-pentyl-6a,7,8,10a-tetrahydrobenzo[c]chromen-1-ol · CHEMBL4845760
Isomère cis du Δ9-THC, présent dans le chanvre fibre, agoniste partiel CB1 environ dix fois plus faible.
Niveau de détail
Avertissement réduction des risques
Aucune dose humaine caractérisée : données animales / in vitro uniquement. Profil d'effet, marge de sécurité et toxicité aiguë non documentés en clinique humaine. Composé extrêmement puissant : effets sévères, convulsions, décès rapportés dans la littérature.
Identifiants
- Formule
- C₂₁H₃₀O₂
- Masse molaire
- 314.23 g·mol⁻¹
- CAS
- 43009-38-7
- PubChem CID
- 12831993
- Première description
- Le squelette cis a d'abord été obtenu par voie synthétique, par Taylor, Lenard et Shvo en 1966, puis exploré par l'équipe de Razdan dans les années 1970. Smith et Kempfert ont signalé en 1977 la présence de Δ9-cis-THC dans des saisies de cannabis, mais une origine artéfactuelle ne pouvait pas être écartée et le résultat est resté marginal, au point que le comité OMS d'experts de la pharmacodépendance affirmait encore dans son quarantième rapport que le (-)-trans-Δ9-THC était le seul stéréoisomère naturel de la plante. La démonstration est venue en 2021 avec les travaux de Schafroth, Mazzoccanti, Reynoso-Moreno et de leurs collègues de l'ETH Zurich, de Berne, de Rome et de Novara, qui ont quantifié les deux énantiomères cis dans une trentaine de variétés de chanvre et établi la configuration absolue 6aS,10aR de l'énantiomère majoritaire.
- Origine
- Constituant naturel mineur du chanvre, longtemps ignoré. Le Δ9-cis-THC a été mesuré dans les sommités florales de variétés de chanvre fibre inscrites au catalogue européen (Fedora 17, Felina 32, Futura 75, Kompolti, Carmagnola, Finola et d'autres), à des teneurs voisines de la moitié de celles du Δ9-trans-THC, soit un rapport trans sur cis proche de 2 pour 1. Il était en revanche indétectable dans un échantillon de cannabis médical riche en Δ9-trans-THC, ce qui explique qu'il ait échappé à des décennies d'analyses centrées sur les variétés stupéfiantes. Le produit naturel est scalémique, avec un excès énantiomérique de l'ordre de 80 à 89 pour cent en faveur de la forme lévogyre, ce qui plaide pour une formation dans la plante plutôt que pour un simple artefact d'extraction. Il peut aussi apparaître comme sous-produit lors de la cyclisation acide du cannabidiol.
- InChIKey
- CYQFCXCEBYINGO-SJORKVTESA-N
En clair
Le Δ9-cis-THC est un cousin très proche du THC ordinaire : même formule, même squelette, mais deux atomes placés du même côté de la molécule au lieu de côtés opposés. On le trouve naturellement dans le chanvre fibre, en quantité voisine de la moitié de celle du THC classique. Il agit sur les mêmes récepteurs, mais environ dix fois plus faiblement, et aucune étude chez l'humain n'a été publiée.
Récepteurs et activité
- CB1Ki 228 ± 45 nM ([3H]CP55,940, hCB1) ; CE50 552 ± 123 nM ([35S]GTPγS)Agoniste partiel
- CB2Ki 99 ± 29 nM ([3H]CP55,940, hCB2) ; CE50 119 ± 69 nM ([35S]GTPγS)Agoniste partiel
- ABHD12IC50 14,1 ± 2,6 µMModulateur
- FAAHIC50 36,3 ± 2,7 µMModulateur
- Agoniste
- Agoniste partiel
- Antagoniste
- Modulateur
- Agoniste inverse
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Signature subjective
Survolez un axe pour lire la définition.
- Apaisement10
- Clarté5
- Sommeil10
- Appétit10
- High10
Estimation éditoriale, non clinique.
Pharmacologie
Le Δ9-cis-THC est le diastéréoisomère du Δ9-trans-THC : la jonction des deux cycles y est cis, de configuration 6aS,10aR pour l'énantiomère majoritaire de la plante. Cette seule inversion divise l'affinité par un facteur voisin de dix. Sur récepteurs humains exprimés en cellules CHO, il se lie au CB1 avec une constante d'inhibition proche de 228 nM et au CB2 proche de 99 nM, contre 22 nM et 47 nM pour le Δ9-trans-THC, et il se comporte en agoniste partiel dans le test [35S]GTPγS, comme le THC lui-même. Chez la souris BALB/c, il produit la tétrade cannabinoïde complète, hypothermie, catalepsie, hypolocomotion et analgésie, mais il faut environ cinq à huit fois plus de produit que de Δ9-trans-THC pour obtenir la même réponse. L'énantiomère dextrogyre est, lui, inactif aux concentrations testées. L'inhibition de la FAAH, de l'ABHD6 et de l'ABHD12 reste micromolaire et probablement sans portée physiologique. Les données humaines manquent entièrement : ni pharmacocinétique, ni métabolisme, ni effets subjectifs n'ont été décrits. Ce composé n'est ni un produit sûr ni un produit inerte, simplement une forme moins puissante et toujours psychoactive du THC.
Sources clés.
- Schafroth MA, Mazzoccanti G, Reynoso-Moreno I, et al. Δ9-cis-Tetrahydrocannabinol: Natural Occurrence, Chirality, and Pharmacology. J Nat Prod. 2021;84(9):2502-2510.PMID 34304557
- Dorsch C, Schneider C. Brønsted Acid Catalyzed Asymmetric Synthesis of cis-Tetrahydrocannabinoids. Angew Chem Int Ed Engl. 2023;62(24):e202302475.PMID 37057742
- PubChem CID 12831993, (-)-delta-9-cis-tetrahydrocannabinol (identifiants, InChIKey, CAS).
Voie biosynthétique
Deux voies sont proposées par les auteurs de l'étude de 2021, à partir de l'acide cannabigérolique commun à tous les phytocannabinoïdes : soit une oxydocyclase peu stéréosélective, apparentée à celles qui produisent le cannabidiol et le Δ9-trans-THC, soit une fermeture de cycle péricyclique du même précurseur, apparentée à celle qui conduit au cannabichromène. Le caractère scalémique et non racémique du composé naturel oriente vers une catalyse enzymatique partiellement stéréosélective. Aucune enzyme dédiée n'a été isolée à ce jour.
Cadre légal
France
En France, le Δ9-cis-THC n'est cité nommément dans aucun texte. Il relève de la mention générique de l'annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990, qui classe comme stupéfiants les tétrahydrocannabinols, leurs esters, leurs éthers, leurs sels ainsi que les sels des dérivés précités. Le composé étant lui-même un tétrahydrocannabinol, stéréoisomère du Δ9-THC, il est couvert par cette clause générique et non par une inscription nominative. Sa présence naturelle dans le chanvre fibre crée une difficulté que les auteurs de l'étude de 2021 ont explicitement soulevée, puisque deux variétés autorisées dépasseraient le seuil réglementaire de 0,3 pour cent si l'isomère cis était comptabilisé avec l'isomère trans.
Union européenne
Aucun tableau des conventions internationales ne nomme le Δ9-cis-THC : il y est traité comme un stéréoisomère du Δ9-THC, catégorie que les autorités de contrôle n'ont jamais distinguée des isomères de position. Le comité OMS d'experts de la pharmacodépendance considérait encore dans son quarantième rapport que le (-)-trans-Δ9-THC était le seul stéréoisomère présent naturellement dans la plante, position que les mesures publiées en 2021 contredisent. Dans l'Union européenne, le seuil de 0,3 pour cent applicable au chanvre porte sur le Δ9-THC et ses isomères, mais les méthodes chromatographiques de référence quantifient en pratique les formes trans ; les auteurs de l'étude de 2021 demandent une révision, ou au minimum une définition plus précise, de ce marqueur légal.
Sources : EUR-Lex, UNODC, CND, ANSM, IUPHAR/BPS, ChEBI, EUDA.
Classification structurelle
- Classe
- Phytocannabinoïde mineur
- Origine
- Constituant naturel mineur du chanvre, longtemps ignoré. Le Δ9-cis-THC a été mesuré dans les sommités florales de variétés de chanvre fibre inscrites au catalogue européen (Fedora 17, Felina 32, Futura 75, Kompolti, Carmagnola, Finola et d'autres), à des teneurs voisines de la moitié de celles du Δ9-trans-THC, soit un rapport trans sur cis proche de 2 pour 1. Il était en revanche indétectable dans un échantillon de cannabis médical riche en Δ9-trans-THC, ce qui explique qu'il ait échappé à des décennies d'analyses centrées sur les variétés stupéfiantes. Le produit naturel est scalémique, avec un excès énantiomérique de l'ordre de 80 à 89 pour cent en faveur de la forme lévogyre, ce qui plaide pour une formation dans la plante plutôt que pour un simple artefact d'extraction. Il peut aussi apparaître comme sous-produit lors de la cyclisation acide du cannabidiol.
- Statut
- Stupéfiant : clause générique
Tétrahydrocannabinol de type THC, chaîne latérale pentyle en C3, jonction de cycles cis entre C6a et C10a (configuration 6aS,10aR pour l'énantiomère lévogyre). Diastéréoisomère du Δ9-trans-THC, dont il partage la formule brute et le squelette benzochromène.
Pharmacocinétique
Aucune donnée de pharmacocinétique n'a été publiée, ni chez l'animal ni chez l'humain : absorption, distribution, demi-vie et biodisponibilité restent inconnues. Les seules expériences in vivo disponibles reposent sur une administration intrapéritonéale chez la souris, sans dosage plasmatique associé.
Métabolisme
Le métabolisme du Δ9-cis-THC n'est pas décrit. Les auteurs de l'étude de 2021 soulignent la conséquence pratique de cette lacune : si l'isomère cis se transformait comme le trans en dérivé 11-nor-9-carboxylique, les tests médicolégaux fondés sur ce métabolite deviendraient équivoques, d'autant que le glucuronide marqué du 11-nor-9-carboxy-cis-THC sert précisément d'étalon interne en chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse.
Toxicologie et risques
Aucune donnée de toxicologie humaine n'existe. Chez la souris, l'injection intrapéritonéale reproduit la tétrade cannabinoïde classique, signe d'une activité centrale dépendante du récepteur CB1, mais en quantités nettement supérieures à celles requises pour le Δ9-trans-THC. Les travaux anciens allaient dans le même sens : le racémique s'était montré inactif dans les tests comportementaux chez le singe rhésus en 1971, et l'énantiomère dextrogyre quasi inactif chez le chien en 1981, avec une puissance réduite d'un facteur cent. Rien ne permet d'affirmer que ce composé serait plus sûr que le Δ9-trans-THC ; il est simplement moins puissant, et il reste psychoactif.
Détection et analyse
Le Δ9-cis-THC se sépare des tétrahydrocannabinols trans aussi bien en chromatographie gazeuse qu'en chromatographie liquide, de sorte qu'il n'interfère pas avec les dosages réglementaires courants du Δ9-trans-THC ; c'est aussi la raison pour laquelle il est passé longtemps inaperçu. Sa quantification s'appuie sur les transitions m/z 314 vers 299 et 314 vers 243 en spectrométrie de masse en tandem, et la résolution de ses deux énantiomères demande une phase stationnaire chirale de type Whelk-O1, en phase normale ou en fluide supercritique. En revanche, il pourrait fausser les immunoessais de dépistage ainsi que le test colorimétrique au para-aminophénol utilisé en criminalistique.
Références
- 1.Schafroth MA, Mazzoccanti G, Reynoso-Moreno I, et al. Δ9-cis-Tetrahydrocannabinol: Natural Occurrence, Chirality, and Pharmacology. J Nat Prod. 2021;84(9):2502-2510.PMID 34304557
- 2.Dorsch C, Schneider C. Brønsted Acid Catalyzed Asymmetric Synthesis of cis-Tetrahydrocannabinoids. Angew Chem Int Ed Engl. 2023;62(24):e202302475.PMID 37057742
- 3.PubChem CID 12831993, (-)-delta-9-cis-tetrahydrocannabinol (identifiants, InChIKey, CAS).
Données structurées
- InChIKey
- CYQFCXCEBYINGO-SJORKVTESA-N
- Formule
- C21H30O2
- Masse molaire
- 314.23 g·mol⁻¹
- CAS
- 43009-38-7
- PubChem CID
- 12831993
Format d’ingestion LLM : superset structuré de la fiche (identifiants, liaison, statut légal versionné). Corpus complet.
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