Cannabinoïde synthétique (SCRA)
Stupéfiant : nommément listé4F-MDMB-BINACA
4F-MDMB-BINACA
methyl (2S)-2-[[1-(4-fluorobutyl)indazole-3-carbonyl]amino]-3,3-dimethylbutanoate
Alias.4F-MDMB-BUTINACA · 4F-ADB
Cannabinoïde de synthèse, agoniste CB1 très puissant, classé stupéfiant. Aucun usage légal.
Niveau de détail
Avertissement réduction des risques
Aucune dose humaine caractérisée : données animales / in vitro uniquement. Profil d'effet, marge de sécurité et toxicité aiguë non documentés en clinique humaine. Composé extrêmement puissant : effets sévères, convulsions, décès rapportés dans la littérature.
Identifiants
- Formule
- C₁₉H₂₆FN₃O₃
- Masse molaire
- 363.40 g·mol⁻¹
- CAS
- -
- PubChem CID
- 145707216
- Première description
- Le 4F-MDMB-BINACA a été décrit pour la première fois en 2018, année de son apparition quasi simultanée sur les marchés européen et nord-américain. Il n'a pas d'inventeur académique identifié : il s'agit d'un produit de laboratoire clandestin, apparu pour remplacer le 5F-MDMB-PINACA après le classement de ce dernier en 2018. Le système d'alerte précoce de l'Union européenne l'a signalé dès novembre 2018, et l'OMS l'a soumis à un examen critique lors de la 42e réunion de son comité d'experts de la pharmacodépendance, à Genève, en octobre 2019.
- Origine
- Molécule entièrement synthétique, absente du chanvre comme de tout organisme vivant. Elle est fabriquée clandestinement puis vendue en poudre, en liquide à vapoter, ou pulvérisée sur un support végétal inerte destiné à imiter l'herbe de cannabis. Des papiers et des textiles imprégnés ont également été saisis, notamment à destination du milieu carcéral. Les seules productions licites sont des étalons analytiques destinés aux laboratoires de toxicologie.
- InChIKey
- GZGKSDAMWRWYOZ-MRXNPFEDSA-N
En clair
Le 4F-MDMB-BINACA est un cannabinoïde de synthèse fabriqué dans des laboratoires clandestins. Il ne vient pas du chanvre : il est vendu en poudre, en liquide à vapoter, ou pulvérisé sur des herbes sans intérêt pour imiter du cannabis. Il agit sur les mêmes récepteurs du cerveau que le THC mais bien plus fortement, et il a été retrouvé dans des dossiers de décès et de conduite sous influence.
Récepteurs et activité
- CB1Ki = 14,3 nM et EC50 = 0,20 nM (Emax 67,7 %) sur CB1 humain ; Δ9-THC dans le même essai : Ki = 22,5 nM, EC50 = 14,2 nM (Emax 82,9 %). Source : OMS, 42e ECDD, 2019.Agoniste
- Agoniste
- Agoniste partiel
- Antagoniste
- Modulateur
- Agoniste inverse
Survolez une ligne pour la valeur précise (Ki, EC50…)
Signature subjective
Survolez un axe pour lire la définition.
- Apaisement12
- Clarté5
- Sommeil12
- Appétit18
- High22
Estimation éditoriale, non clinique.
Pharmacologie
Le 4F-MDMB-BINACA appartient à la famille des carboxamides d'indazole, le groupe d'agonistes de synthèse des récepteurs cannabinoïdes qui a dominé le marché européen entre 2019 et 2021. Sa pharmacologie repose sur un seul jeu de données in vitro, repris par l'OMS en 2019 : affinité Ki de 14,3 nM sur le récepteur CB1 humain et activation fonctionnelle avec une EC50 de 0,20 nM, soit une puissance environ soixante-dix fois supérieure à celle du Δ9-THC mesuré dans le même essai, pour une efficacité maximale de 67,7 % qui reste, elle, inférieure à celle du Δ9-THC dans ces conditions. Cette dissociation entre puissance très élevée et efficacité modeste vient d'une seule expérience et n'a pas été répliquée. Au-delà de CB1, les données manquent : le récepteur CB2 n'a pas été caractérisé, et aucune activité n'a été documentée sur TRPV1, GPR55, PPARγ ou 5-HT1A. Le métabolisme, lui, est bien décrit, avec treize métabolites de phase I identifiés dans des urines humaines. En revanche l'OMS n'a trouvé aucune étude de toxicologie formelle, et les données humaines de dose et de cinétique manquent : les seules informations cliniques proviennent de signalements agrégés et d'auto-déclarations d'usagers. La littérature n'établit aucun bénéfice thérapeutique, et cette molécule n'a aucune indication reconnue.
Sources clés.
- OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 42e réunion, Critical Review Report : 4F-MDMB-BINACA (Genève, octobre 2019)
- UNODC, Laboratory and Scientific Section : recommandations de l'OMS sur 12 nouvelles substances psychoactives, dont le 4F-MDMB-BINACA (4F-ADB) au tableau II de la Convention de 1971
- Commission des stupéfiants des Nations unies, 63e session (mars 2020), compte rendu du point 5 : inscription du 4F-MDMB-BINACA au tableau II de la Convention de 1971
- Légifrance, arrêté du 31 mars 2017 modifiant l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants (annexe IV, familles génériques de cannabinoïdes de synthèse, dont les dérivés du 3-carboxamide indazole)
- Xu Y. et coll., Differential cannabinoid-like effects, receptor affinity and physiologically based pharmacokinetics of the synthetic cannabinoids 4F-MDMB-BINACA, 4F-MDMB-BICA and 5F-MDMB-PICA in mice, Toxicology and Applied Pharmacology, 2025PMID 40945865
- EUDA (ex-EMCDDA), dossier thématique : les cannabinoïdes de synthèse en Europe
Origine (recherche pharmaceutique → marché illicite)
Aucune voie biosynthétique connue : le 4F-MDMB-BINACA n'est produit par aucune plante ni aucun organisme vivant. Il provient exclusivement d'une synthèse chimique de laboratoire relevant de la chimie des carboxamides d'indazole, à partir de précurseurs qui ne sont pas contrôlés au niveau international.
Cadre légal
France
En France, le 4F-MDMB-BINACA n'est pas inscrit nommément sur la liste des stupéfiants. Il est saisi par une clause générique : l'arrêté du 31 mars 2017, qui modifie l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants, a ajouté à l'annexe IV douze familles chimiques de cannabinoïdes de synthèse, dont celle des dérivés du 3-carboxamide indazole portant sur l'azote en position 1 un substituant de type alkyle ou halogénoalkyle. Le 4F-MDMB-BINACA, carboxamide d'indazole N-(4-fluorobutyle), répond à cette définition et est donc classé stupéfiant à ce titre, sans citation nominative. La France est par ailleurs tenue de le contrôler au titre de son inscription au tableau II de la Convention de 1971. Son usage relève de l'article L. 3421-1 du code de la santé publique, et sa cession comme son trafic sont pénalement réprimés. Aucun produit commercialisé légalement en France ne peut en contenir.
Union européenne
Le comité d'experts de la pharmacodépendance de l'OMS a procédé à un examen critique du 4F-MDMB-BINACA en octobre 2019 et a recommandé son inscription au tableau II de la Convention de 1971 sur les substances psychotropes. La Commission des stupéfiants des Nations unies a suivi cette recommandation en mars 2020, par 49 voix pour, aucune contre et aucune abstention. Tous les États membres de l'Union européenne sont donc tenus de le placer sous contrôle. Il figure parmi les agonistes de synthèse les plus fréquemment saisis en Europe depuis 2019, après avoir pris la place du 5F-MDMB-PINACA classé en 2018. Aucun usage médical, vétérinaire, industriel ou cosmétique n'est reconnu, et il ne bénéficie d'aucune autorisation de mise sur le marché.
Sources : EUR-Lex, UNODC, CND, ANSM, IUPHAR/BPS, ChEBI, EUDA.
Classification structurelle
- Classe
- Cannabinoïde synthétique (SCRA)
- Origine
- Molécule entièrement synthétique, absente du chanvre comme de tout organisme vivant. Elle est fabriquée clandestinement puis vendue en poudre, en liquide à vapoter, ou pulvérisée sur un support végétal inerte destiné à imiter l'herbe de cannabis. Des papiers et des textiles imprégnés ont également été saisis, notamment à destination du milieu carcéral. Les seules productions licites sont des étalons analytiques destinés aux laboratoires de toxicologie.
- Statut
- Stupéfiant : nommément listé
Carboxamide d'indazole, sous-famille des agonistes de synthèse des récepteurs cannabinoïdes (SCRA). Le noyau indazole porte une chaîne 4-fluorobutyle sur l'azote en position 1 et une fonction carboxamide en position 3, reliée à l'ester méthylique de la tert-leucine. L'OMS le décrit comme un homologue du 5F-ADB (5F-MDMB-PINACA) et comme un isomère du 5F-AMB-PINACA. Le carbone asymétrique donne deux énantiomères, la forme (S) étant celle qui circule vraisemblablement sur le marché.
Pharmacocinétique
Aucune étude clinique chez l'humain n'a été conduite. La voie d'administration dominante est l'inhalation, par combustion d'un support végétal imprégné ou par vaporisation, ce qui rend la dose reçue imprévisible. Les teneurs en principe actif varient fortement d'un lot à l'autre, et parfois à l'intérieur d'un même sachet, si bien que les données humaines de dose et de cinétique manquent totalement. Une étude comparative chez la souris publiée en 2025 a modélisé sa cinétique par une approche fondée sur la physiologie et conclut à une lipophilie, une demi-vie et une accumulation cérébrale moindres que celles du 5F-MDMB-PICA, la voie d'administration modifiant par ailleurs la hiérarchie des puissances observées.
Métabolisme
Le métabolisme a été étudié in vitro sur microsomes hépatiques humains, puis comparé à des urines authentiques. Treize métabolites de phase I ont été identifiés, issus de l'hydrolyse de l'ester méthylique, de la défluoration hydrolytique de la chaîne butyle, de l'oxydation en dérivé butanoïque, d'hydroxylations sur le noyau aromatique et sur la chaîne alkyle, de déshydrogénations et de leurs combinaisons. Des espèces N-désalkylées et le produit N-désalkylé d'hydrolyse de l'ester ont également été rapportés. Les trois métabolites urinaires les plus abondants sont le produit d'hydrolyse de l'ester, ce même produit déshydrogéné, et le dérivé défluoré.
Toxicologie et risques
Les données toxicologiques propres au 4F-MDMB-BINACA restent très limitées : lors de son examen critique de 2019, l'OMS n'a identifié aucune étude de toxicologie formelle, ni aucune étude de dépendance ou de potentiel d'abus, chez l'animal comme chez l'humain. La substance a néanmoins été retrouvée dans des prélèvements biologiques issus d'enquêtes judiciaires. Une série de 29 cas nord-américains recensés entre novembre 2018 et mars 2019 comportait 20 cas post mortem et 6 cas de conduite altérée, avec une polyconsommation très fréquente, notamment d'autres agonistes de synthèse comme le 5F-MDMB-PICA ou l'APP-BINACA. Les effets rapportés par les usagers comprennent hallucinations auditives et visuelles, vomissements, paranoïa, euphorie, relaxation, irrégularités du rythme cardiaque, agitation, confusion, insomnie et douleurs thoraciques. Par analogie avec les autres agonistes de synthèse, les intoxications aiguës associent des atteintes digestives, neurologiques et cardiovasculaires, avec risque convulsif et épisodes psychotiques. Un usage lourd est associé à un syndrome de sevrage problématique. Attribuer un décès à cette seule molécule reste difficile, car la composition des mélanges change constamment et les usagers ignorent la nature comme la quantité de ce qu'ils consomment.
Détection et analyse
L'identification repose sur les méthodes chromatographiques couplées à la spectrométrie de masse et sur les techniques spectroscopiques, avec des étalons de référence disponibles pour les laboratoires forensiques et cliniques. Les tests immunochimiques usuels de dépistage du cannabis ne détectent pas cette molécule, ce qui explique en partie sa diffusion dans les populations soumises à contrôle, notamment en milieu carcéral. Dans les urines, la recherche des métabolites est préférable à celle du composé parent, le produit d'hydrolyse de l'ester et sa forme déshydrogénée étant les marqueurs recommandés. Une difficulté analytique tient à l'existence d'isomères, en particulier le 5F-AMB-PINACA, dont certains métabolites sont eux aussi isomères de ceux du 4F-MDMB-BINACA. La distinction des énantiomères R et S exige une analyse chirale, peu pratiquée en routine.
Références
- 1.OMS, Comité d'experts de la pharmacodépendance, 42e réunion, Critical Review Report : 4F-MDMB-BINACA (Genève, octobre 2019)
- 2.UNODC, Laboratory and Scientific Section : recommandations de l'OMS sur 12 nouvelles substances psychoactives, dont le 4F-MDMB-BINACA (4F-ADB) au tableau II de la Convention de 1971
- 3.Commission des stupéfiants des Nations unies, 63e session (mars 2020), compte rendu du point 5 : inscription du 4F-MDMB-BINACA au tableau II de la Convention de 1971
- 4.Légifrance, arrêté du 31 mars 2017 modifiant l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants (annexe IV, familles génériques de cannabinoïdes de synthèse, dont les dérivés du 3-carboxamide indazole)
- 5.Xu Y. et coll., Differential cannabinoid-like effects, receptor affinity and physiologically based pharmacokinetics of the synthetic cannabinoids 4F-MDMB-BINACA, 4F-MDMB-BICA and 5F-MDMB-PICA in mice, Toxicology and Applied Pharmacology, 2025PMID 40945865
- 6.EUDA (ex-EMCDDA), dossier thématique : les cannabinoïdes de synthèse en Europe
Données structurées
- InChIKey
- GZGKSDAMWRWYOZ-MRXNPFEDSA-N
- SMILES
- CC(C)(C)[C@@H](C(=O)OC)NC(=O)C1=NN(C2=CC=CC=C21)CCCCF
- Formule
- C19H26FN3O3
- Masse molaire
- 363.40 g·mol⁻¹
- PubChem CID
- 145707216
Format d’ingestion LLM : superset structuré de la fiche (identifiants, liaison, statut légal versionné). Corpus complet.
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